Zahia Ziouani_© Patrick Fouque
Zahia Ziouani
Cheffe d'orchestre
Lycée Marcelin Berthelot, Pantin (93)
30 nov. 2023
“La musique classique appartient à tout le monde.”

145 élèves

La cheffe d’orchestre Zahia Ziouani est retournée au sein du lycée Marcelin Berthelot de Pantin dans lequel elle était élève en 1994/1995 pour un échange avec les élèves, qui avaient, en amont, vu en salle le film Divertimento inspiré de son parcours et pu, pour certains, assister à un concert de l’orchestre Divertimento dirigé par l’artiste à Stains. Zahia Ziouani avait préparé pour les élèves une présentation de son parcours et de son métier de cheffe d’orchestre, une entrée en matière dans l’univers de la musique classique.

Zahia Ziouani a commencé par évoquer avec les élèves son enfance à Pantin, sa scolarité, ses études, ses souvenirs et son approche du lycée qu’elle a fréquenté en 2nde et 1re (elle est ensuite partie à Paris pour effectuer un cursus à horaires aménagés pour pouvoir travailler d’avantage la musique).

L’artiste est revenue sur son enfance, la curiosité stimulée par ses parents qui n’étaient pas musiciens mais mélomanes, son désir de suivre des cours de musique, la guitare d’abord puis l’approche de l’orchestre et du collectif et la découverte du poste spécifique de chef d’orchestre qui l’a vite fascinée et vers lequel elle a souhaité se tourner. Confrontée au manque de modèles (le métier étant très majoritairement masculin et les chefs d’orchestre étant plus fréquemment des hommes blancs d’un certain âge), et à la réticence de beaucoup de personnes, elle évoque le fait d’avoir dû faire ses preuves encore plus que d’autres. Son alternative : bien travailler et s’investir et faire fi des sceptiques, et continuer d’avoir confiance, comme l’ont fait ses parents.

Zahia a évoqué les qualités requises pour être cheffe d’orchestre, savoir donner, transmettre de l’énergie, être un leader, aider à la préparation de chacun. Le plus complexe selon elle restant de gérer le temps et les personnes.

Elle a également évoqué aussi son rôle de recherche de financements pour continuer de faire vivre l’orchestre. L’artiste a fait écouter aux élèves des extraits de musique interprétés par l’orchestre, la Bacchanale de Camille Saint Saëns, puis l’enregistrement d’une musique traditionnelle arabe, les faisant réagir à l’impact culturel, au mélange entre influences algériennes, égyptiennes et françaises, partageant ainsi sa vision (elle a par exemple intégré des instruments peu habituels au sein de son orchestre). Zahia Ziouani a insisté sur la notion de travail. L’importance de se dédier à ce que l’on veut faire, de garder confiance même si on a du mal à trouver des modèles. Utilisant de nombreuses allégories et références à l’univers du sport et notamment du football, Zahia a fait réagir les élèves sur le lien entre le sport et la musique ; l’importance de la vocation, la passion, l’ouverture internationale, l’importance des individualités au profit du collectif. Zahia a présenté un extrait de son spectacle 80 minutes conçu à l’occasion de l’accueil de la Coupe du monde de Rugby en France. Un spectacle qui mêle musique et danse, joué dans des salles diverses (de la Philharmonie à des gymnases de banlieue), très ancré dans le monde contemporain (et que certains élèves avaient pu découvrir en live).

Interrogée par les élèves sur son parcours ou les discriminations qu’elle a subies, elle a évoqué le fait qu’elles existent, des périodes de doute, de découragement, qu’elle a contournées très vite grâce à l’adhésion du public au projet Divertimento et à leurs actions. Zahia Ziouani a également évoqué certains de ses échecs, notamment à certains concours lorsqu’elle était jeune, soulignant que le travail mène toujours à des résultats, transmettant ainsi aux élèves l’importance de la notion de travail. L’artiste a insisté auprès des élèves également sur l’importance de rester curieux et du lien avec les autres, évoquant les rencontres que la musique permet, ce qui lui a permis de rebondir sur certains de ses futurs projets (une collaboration avec DJ Snake par exemple, qui peut paraître bien loin de son univers).

Enfin la cheffe d’orchestre a évoqué avec les élèves les films qui ont été faits sur son parcours, documentaires, mais aussi la fiction Divertimento que les élèves avaient découvert en salle avant la rencontre.

Une élève a interrogé l’artiste sur la notion de transmission et notamment par les parents, interrogeant la défaillance de certains et le moyen pour les institutions (et notamment l’école) de prendre le relai. Zahia a rebondi avec sa perception de la responsabilité des artistes dans la transmission. Le travail effectué par Divertimento, rebondissant sur l’enjeu en effet de faire découvrir la musique à tous. Une mission dont tous, et notamment les institutions, doivent s’emparer.

Zahia Ziouani a résumé son parcours, déterminé par la rencontre avec Sergiu Celibidache chef d’orchestre qui lui a permis, grâce à une motivation hors pair et parce qu’elle a prouvé sa capacité à travailler, d’intégrer sa classe, mais également les embûches, et notamment le fait que très peu d’orchestres voulaient jouer avec elle, l’empêchant d’ailleurs de travailler alors même qu’elle avait gagné un concours international. Cette constatation l’a menée à vouloir rapidement créer son propre orchestre. Zahia Ziouani a créé l’orchestre Divertimento en 1998. Pour le monter, elle s’est appuyée sur sa vision du monde et la richesse de sa double culture. Elle a par exemple pour sa composition souhaité faire se rencontrer à travers la musique des musiciens de Seine Saint-Denis et de Paris, chacun avec des bagages culturels différents, qu’ils valorisent à travers leur musique.

L’artiste a présenté l’orchestre et ses activités aux élèves, le projet de l’orchestre, son rôle, son intérêt et travail en faveur de la transmission, l’importance de jouer dans une variété de villes et de lieux, à la campagne, en milieu carcéral. Cette ouverture faisant selon elle aussi l’un des succès de l’orchestre et du projet. « La musique classique appartient à tout le monde ».

Presse

France 3 Ile de France – 29 décembre 2023