70 élèves : 2 classes de secondes et les élèves de terminale ambassadeurs culture encadrés par une professeure documentaliste, une professeure d’espagnol et une professeure de lettres.
C’est accueilli par quelques élèves de terminale, ambassadrices culture, que Steve Achiepo a redécouvert son ancien lycée à Cergy. Dans un enthousiasme partagé, les élèves ont mené la visite de l’établissement où le réalisateur a passé ses années de première et de terminale. Cette première immersion a fait remonter quelques souvenirs à la surface. La rencontre avec les classes de seconde a commencé dans une ambiance décontractée, Steve Achiepo a directement créé un lien avec les élèves, les invitant à la discussion. Il leur a dit que c’était la première fois qu’il revenait ici au lycée Galilée, bien qu’il ait grandi à Cergy et que sa famille y habite toujours. Il est revenu sur son parcours scolaire, notamment son choix de partir en filière technologique (anciennement bac STT) afin de contourner la carte scolaire et d’être scolarisé au Lycée Galilée, qui était plus proche de chez lui que son lycée de secteur. Par la suite, il est parti un an en Angleterre pour améliorer son anglais avant de revenir à Cergy et de s’inscrire à la fac où il obtient un DEUG en droit. En parallèle, il cultive une réelle passion pour le cinéma asiatique et, avec ses amis, il crée un ciné-club. Mais pour lui, ce n’est pas une carrière envisageable :
« J’avais personne sur qui modéliser mes envies de cinéma. Je n’y pensais même pas, j’étais persuadé que les réalisateurs payaient leurs films. »
Un jour, alors qu’il était à Châtelet avec des amis, il décide d’aller voir In the mood for love, film qui marque un tournant dans son rapport au cinéma. Il explique aux élèves que les films asiatiques étaient peu diffusés en France et que de voir ses acteurs préférés sur grand écran a été émouvant. Mais surtout, c’est la première fois qu’il s’est senti capable de faire ce qu’il voyait à l’écran. Au même moment, il trouve au culot un emploi d’agent immobilier à Paris et envisage de prendre des cours de théâtre pour entrer dans le monde du cinéma.
« Je me suis dit “on regrette uniquement ce qu’on essaye pas” et il faut que je fasse du cinéma. »
Il auditionne alors aux Cours Florent où il est pris du premier coup, sans jamais avoir fait de théâtre. C’est une révélation pour lui : « Dès mes premiers cours de théâtre, je me suis dit : c’est ce que je veux faire. Il y a une sorte de liberté qu’on n’a pas dans notre vie en société et qui m’a tout de suite plu. » Des opportunités s’ouvrent à lui, il collabore avec Luc Besson, commence à écrire puis réalise son premier court-métrage En Équipe qui se fait remarquer en festival avant de réaliser son premier long métrage Le Marchand de Sable, film que les élèves avaient visionné pour préparer la rencontre.
Impressionnés par son parcours, les élèves lui ont demandé par où commencer si on souhaite travailler dans le milieu du cinéma. Il a commencé par insister sur la diversité des métiers dans ce secteur, les différentes formations possibles et les dispositifs d’accès comme les programmes d’Égalité des chances (Fondation Culture et Diversité). Il leur a aussi parlé du système de l’intermittence du spectacle et conseillé de postuler en régie sur les plateaux de tournage, afin de se former sur le terrain tout en étant rémunéré.
Les élèves étaient également curieux des coulisses de la réalisation de son premier film Le marchand de sable qu’ils avaient beaucoup apprécié. Steve Achiepo leur a expliqué les origines du projet autour des conflits moraux qu’il a rencontrés lors de son expérience en tant qu’agent immobilier, le tout inscrit dans le cadre de la crise sociopolitique en Côte d’Ivoire, le pays d’origine de son père.
« Quand je fais un film, je pars de quelque chose de très intime puis j’essaye de le cacher car je suis très pudique. »
Les lycéens voulaient en savoir plus sur son rapport au film en tant que réalisateur : quelle a été la scène la plus compliquée à tourner sur le plan technique et émotionnel ? Combien le film lui a coûté et combien il a gagné ? Est-ce que son film a été distribué à l’étranger, notamment en Côte d’Ivoire ? Ou encore, pourquoi cette fin ?
Les élèves l’ont également questionné sur les obstacles liés au fait d’être noir dans le milieu cinématographique. Il leur a répondu qu’aujourd’hui, le cinéma est conscient de ses manquements en termes de représentation de personnes racisées et de genre mais qu’il persiste un déficit concernant les classes sociales. En effet, le réalisateur a remarqué que sa différence vient aussi de ses origines populaires car le regard qu’il porte sur un sujet se distingue du regard bourgeois prépondérant sur le monde.
« Quand tu viens avec ta vision, tu ne corresponds pas à la vision que les commissions du milieu bourgeois ont de la représentation d’un noir au cinéma. Cela rend difficile de faire exister une pensée subtile, dans une zone grise. »
Il a ajouté :
« Moi, je refuse la simplification, on veut aussi avoir droit à la complexité en tant que personne racisée. »
En somme, si avant il fallait régler des problèmes de diversité, il faut maintenant accorder la complexité aux personnages racisés.
Pour clôturer la rencontre, Steve Achiepo a décidé d’appeler les acteurs jouant les personnages principaux de son film, Moussa Mansaly et Ophélie Bau. Ils ont pu échanger avec les élèves, conscients de vivre un moment spécial avec le réalisateur et scénariste.