100 élèves de seconde : 3 classes de seconde accompagnées par 2 professeure de français et 1 professeure documentaliste
Pour sa participation au dispositif Un César à l’école, le monteur Xavier Sirven a souhaité rendre visite à la Cité scolaire de Die, commune où il habite désormais. Cette proposition a convaincu l’équipe d’Un César à l’école, car son parcours témoigne de la possibilité de travailler dans le cinéma en dehors de l’Ile-de-France, où l’industrie cinématographique semble trop souvent centralisée.
Après un tour de l’établissement, Xavier Sirven a rencontré plusieurs classes de seconde, qui avaient découvert L’histoire de Souleymane en amont au Cinéma Le Pestel de Die. Son travail sur ce long métrage a été récompensé par le César du meilleur montage 2025.
« Quand j’étais comme vous, je formulais ce rêve de film, d’art.… et j’étais incapable de me l’autoriser. J’avais beaucoup d’injonctions qui me disaient que c’était un rêve joli, mais pas pour moi. Ça m’a pris 15 ans pour m’autoriser à faire du cinéma. »
Pour ouvrir la discussion avec les lycéens, Xavier Sirven est revenu sur son parcours scolaire. Il a expliqué avoir mis longtemps à oser envisager de faire du cinéma. Après le lycée, il s’est d’abord dirigé vers une école d’ingénieur, sans grande motivation. Il ne se sentait pas à sa place et avait l’impression de passer à côté de sa vie. Puis, en parallèle, il s’est inscrit à un atelier de théâtre, ce qui l’a grandement aidé. Il s’est alors rendu compte de ses capacités et, surtout, de son désir d’art et de création. Il s’est mis à réaliser des petits films à côté de ses études, avant de travailler en tant qu’ingénieur, notamment au Centre Pompidou. Puis, sur les conseils de son entourage professionnel, il s’est décidé à reprendre des études d’audiovisuel, tout en travaillant comme ingénieur la nuit. Cette période était dense mais sa rage de faire du cinéma l’a porté, et ne l’a plus jamais quitté.
Un élève lui a demandé comment il a réussi à travailler dans ce secteur. Xavier Sirven a précisé que le milieu du cinéma était assez fermé et qu’il fonctionnait plutôt par réseau. Il n’y a pas d’offres d’emplois pour les monteurs, car les équipes le contactent directement pour lui proposer un projet. Faire une école de cinéma l’a aidé, lui permettant de s’entourer de personnes avec qui créer et de trouver des contacts. Mais ce n’est pas une porte d’entrée obligatoire : sans école, il est possible de faire des stages et, par ce biais, rencontrer des professionnels.
Xavier Sirven a expliqué aux élèves son rôle en tant que monteur. Lors d’un tournage, plusieurs prises sont filmées pour une même scène, en variant parfois le jeu d’acteur. Il visionne alors l’ensemble de ce qui a été tourné, les « rushs », et choisit la manière de raconter l’histoire en assemblant les meilleurs passages. Le film peut alors prendre une autre forme que celle initialement pensée, c’est une nouvelle écriture. Par exemple, pour L’Histoire de Souleymane, la fin a été changée au montage.
Au cours de cette rencontre, les élèves ont pu poser toutes les questions qu’ils souhaitaient. Un élève s’est interrogé sur les premiers projets qui ont marqué sa carrière. Xavier Sirven a mentionné Willy 1er, fiction à laquelle on fait souvent référence autour de lui, et Soy libre, un documentaire qu’il affectionne particulièrement.
Certains élèves se sont montrés curieux du quotidien du monteur, de ses choix de projets et de la stabilité de ce métier. Xavier Sirven a expliqué le système d’intermittence dont il bénéficie, assurant un revenu fixe dans les périodes de creux. Malgré tout, l’aspect financier restait un enjeu important pour lui, qui a suscité des interrogations et des angoisses lors de sa carrière.
« Je sais que, pendant trois mois, je vais faire un projet, mais je ne sais pas ce que je vais faire après. Ce sont des métiers passionnants, mais les films sont des économies fragiles, et certains sont arrêtés en cours de route.. On est toujours en train de gérer le stress. »
Il a expliqué faire souvent face à des choix : faut-il privilégier un projet plus enrichissant sur le plan artistique, mais avec un budget plus restreint ? Ou une production plus conséquente avec, à la clé, une rémunération conséquente ? Il finit toujours par prioriser l’intérêt artistique qu’il porte à un projet plutôt que sa rémunération, mais le choix n’est pas évident.
La discussion s’est poursuivie sur l’Histoire de Souleymane. Ami de longue date avec le réalisateur Boris Lojkine, le monteur a pu expliquer la genèse du film et sa production. Un des enjeux de cette fiction était son aspect documentaire, inspiré d’évènements réels. Le casting était une étape clé et le personnage principal s’est construit sur l’acteur choisi pour l’incarner, Abou Sangaré. La logistique du tournage a également été pensée pour se rapprocher au mieux du réel, pour ne pas créer de « fausse image » : équipe réduite, tournage en pirate dans la rue. Le sujet du film imposait cette rigueur éthique.
Certains élèves ont témoigné de leur curiosité face à la fin ouverte de L’Histoire de Souleymane. Xavier Sirven a expliqué la réflexion autour de ce choix au moment du montage. En laissant la trajectoire de son personnage en suspens, le réalisateur souhaitait souligner qu’il ne s’agissait pas là d’une histoire singulière, mais d’une réalité pour beaucoup. Cette réflexion appelle aussi à se questionner plus globalement : comment, lorsque l’on a vécu des émotions fortes, peut-on clore un film et quitter un personnage ?
« Quand on clôt l’histoire, dans notre tête, on tire une conclusion. À partir du moment où on enlève la fin de l’histoire, on empêche le spectateur de conclure et on l’oblige à se positionner. »
Pour finir cet échange, de nombreux lycéens ont témoigné de leur intérêt pour le cinéma. Certains ont profité d’un moment en petit comité avec le monteur pour quelques conseils sur leur orientation, sur les logiciels de montage à utiliser ou sur leur stage de fin d’année.