104 élèves : 2 classes de quatrième et 2 classes de troisième, accompagnées par 1 professeure documentaliste, 2 professeures de français
Dans le cadre du dispositif Un César à l’école, Louise Courvoisier est retournée dans son ancien collège, Michel Brézillon à Orgelet, pour y rencontrer les élèves et répondre à leurs questions autour de son parcours, de sa vision du cinéma et de son premier long métrage, Vingt Dieux.
La réalisatrice, qui habite toujours dans son Jura natal, a retrouvé le chemin de son ancien établissement, accueillie par un groupe d’élèves pour une visite guidée. À quelques détails près, le collège est resté intact : le réfectoire, la cour de récréation, les salles de classe… L’occasion pour notre invitée de retraverser quelques souvenirs de sa jeunesse.
Louise Courvoisier a ensuite rencontré les classes de quatrième et de troisième, qui se sont montrées plus qu’enthousiastes lors de ces deux heures d’échange. Elle a commencé par évoquer son parcours. Lors de sa licence de cinéma à la Sorbonne, elle a rapidement compris qu’elle voulait faire de la pratique et non de la théorie. Elle a alors intégré la première promotion de la Cinéfabrique, une école de cinéma qui valorise les candidats aux profils atypiques, ne s’attachant pas seulement à la réussite académique. Cette formation lui a permis de se créer un réseau, de s’exercer à différents postes et de faire des rencontres. Elle qui s’intéressait plutôt à l’image s’est alors rapidement dirigée vers la réalisation.
Combien de temps a-t-il fallu pour réaliser Vingt Dieux, son premier long métrage ? S’est interrogé un élève. La réponse : cinq ans en tout, dont trois ans d’écriture, une longue période de casting menée de front avec la recherche de financement, deux mois de tournage et plusieurs mois de post-production.
En tant que réalisatrice, Louise Courvoisier a accompagné le projet à chaque étape, de l’idée initiale à sa diffusion en salle.
« J’ai supervisé toute la fabrication du film. C’est moi qui donne des directions. Je travaille en collaboration avec les chefs de postes. (…) J’ai tellement de chance de faire ce métier : on a une idée toute seule et on soulève tout ça, en équipe. »
Les élèves ont profité de ce temps d’échange pour poser des questions sur le tournage du film : comment a-t-elle trouvé ses acteurs ? Quelles scènes étaient difficiles à tourner ? Quels souvenirs en garde-t-elle ? La réalisatrice a expliqué avoir composé son équipe de techniciens parisiens et jurassiens, dont certains membres de sa famille. « Il y avait un mélange improbable et une ambiance très joyeuse sur le plateau. », a-t-elle décrit.
« Mon travail, c’est de donner envie à l’équipe d’être là. L’aspect humain est presque plus important que le résultat. ».
Concernant les comédiens, elle avait choisi des acteurs non professionnels, trouvés après des mois de casting sauvage dans des bals et autres évènements jurassiens. Cette partie était primordiale : il fallait que Vingt Dieux soit incarné par la jeunesse du Jura, et que les acteurs soient proches de leurs rôles. Elle anticipait que le travail avec des non professionnels pourrait poser un problème. Le processus d’accompagnement a été différent, avec une attention particulière pendant les répétitions. Mais travailler avec des acteurs amateurs avait également ses avantages, comme le souligne une anecdote racontée par la réalisatrice. Lors d’une séquence comportant un authentique vêlage d’une vache, Maiwen Barthélémy, actrice principale et fille d’agriculteurs, connaissait déjà les gestes pour accompagner cette mise bas, facilitant grandement le tournage de cette scène.
Un élève l’a questionnée sur la représentation de la masculinité dans le film : pourquoi montrer ces aspects de Totone, reprenant certains clichés associés à la virilité ? « L’idée était d’aller dans les coulisses de cette virilité », a argumenté Louise Courvoisier. Pour elle, qui rejette une vision manichéenne du monde, il était important de montrer les fêlures de son personnage, les moments où son comportement était discutable ainsi que ses faiblesses. Et, d’un autre côté, les personnages secondaires ont leur importance : Totone est entouré de femmes puissantes et indépendantes.
La réalisatrice a évoqué l’intention qui a motivé son projet de film : « Il n’y a pas beaucoup de réalisateurs ou réalisatrices venant d’en dehors de Paris. Le cinéma manque de représentation rurale et je savais que je voulais parler de ces personnages-là ». Vingt Dieux a connu un succès national et international – au moment de cette rencontre, le film sortait en salle en Corée du Sud. Comment expliquer un tel succès, pour un film qui sort de la norme habituelle ?
« Il faut faire le film qu’on rêve de faire, pas celui qu’il faut faire »
a expliqué la réalisatrice. En d’autres termes, ne pas se plier aux logiques du marché mais écouter son intuition et créer avec sincérité.
Une élève l’a interrogée sur les difficultés rencontrées en tant que femme dans sa carrière. Louise Courvoisier a expliqué aux collégiens le problème de légitimité dont elle a dû s’émanciper, étant à la fois femme et jeune réalisatrice. Dans l’imaginaire collectif, on véhicule l’image d’un homme réalisateur, chef d’équipe autoritaire, alors que les femmes savent tout autant diriger des équipes.
« Je voulais faire des métiers plus dans l’ombre. Je ne m’étais jamais envisagée de faire ce métier car je n’avais aucune représentation de femme réalisatrice. Je me suis fait ma place mais il a fallu du courage et être bien entouré. »
Pour finir cette rencontre, Louise Courvoisier est revenue sur le César du Meilleur Premier Film qu’elle a reçu. « C’était un moment très émouvant, assez fou et hors du temps car il y avait Julia Roberts dans la salle cette année…et c’est mon idole ! » a-t-elle raconté. Cependant, la jurassienne a gardé les pieds sur terre :
« L’objectif n’a jamais été le César, mais d’ouvrir une fenêtre sur le Jura. La récompense c’est d’être là, en face de vous. Le plus valorisant, c’est de partager. »
Une fois la discussion terminée, l’événement s’est poursuivi autour d’un goûter, agrémenté de morceaux de comté, en clin d’œil à Vingt Dieux.