Mariana Otero
Mariana Otero
Réalisatrice
Lycée Chateaubriand, Rennes (35)
1er fév. 2023
"C’est ça que je voulais faire, pas du cinéma avec des grosses équipes, mais du cinéma sur des gens, avec des gens, et raconter leur histoire."

62 élèves
accompagnés par 2 professeurs

Mariana Otero n’était jamais revenue dans son ancien lycée rennais, le lycée Chateaubriand, dans lequel elle a passé près de 5 ans de la 2nde aux classes préparatoires, Khâgne et Hypokhâgne. L’établissement a bien changé depuis son passage, a-t-elle confié, mais elle y a retrouvé certains bâtiments et quelques détails de l’architecture, qui lui ont semblé familiers.

Mariana Otero a ouvert la rencontre en expliquant son parcours, depuis le collège Anne de Bretagne, jusqu’à l’université Paris 8, en passant par ce lycée, Chateaubriand. C’est ici, a-t-elle précisé, qu’elle a su – dès la 2nde, qu’elle voulait être réalisatrice. Elle allait beaucoup au cinéma, déjà, c’était une vraie passion. Mais à Rennes, à ce moment-là, personne ne voulait faire du cinéma. C’était une autre époque, sans caméras numériques, a-t-elle rappelé devant les regards étonnés des jeunes, et sans option cinéma-audiovisuel au lycée, aussi.

Dans ces années-là, il y avait deux grandes écoles de cinéma : l’Institut Louis Lumière, à Lyon, et l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC). Mariana Otero a décidé de passer le concours de l’IDHEC et s’est alors orientée vers l’Université Paris 8 qui avait un très bon cursus cinéma (et c’est toujours le cas, a-t-elle précisé !). Il faut aussi savoir qu’à l’époque, le genre documentaire n’était pas aussi développé que de nos jours et Mariana Otero découvre vite alors qu’à l’IDHEC, tout est orienté vers la fiction…et que cette manière de faire des films ne lui plaisait pas du tout ! Au fil des rencontres elle intègre finalement l’association des Ateliers Varan, des ateliers de formation continue en cinéma documentaire ; et un metteur en scène qui intervient alors pour des ateliers en prison pousse la porte de l’association pour trouver une personne pour filmer ses ateliers : c’est Mariana Otero qui s’en chargera. A travers cette expérience elle découvre le « cinéma direct », qu’elle ne quittera finalement jamais.

Mariana Otero

Les élèves avaient préparé de multiples questions pour ces deux heures en compagnie de la réalisatrice et avaient chacun vu au moins l’un de ses documentaires entre l’Assemblée, Entre nos mains et Histoire d’un secret. Avec une majorité écrasante pour le dernier, qui a provoqué bon nombre de questions, sur la forme comme sur le fond. Comment choisit-elle ses sujets ? Comment aborde-t-elle les personnes qu’elle veut filmer ? Comment décide-t-elle de l’angle de traitement d’une histoire ? Travaille-t-elle seule ou en équipe ? Comment finance-t-elle ses films ? Et quel est le système de rémunération d’une réalisatrice ? Autant de sujets qui ont été abordés devant une assemblée de jeunes attentifs, dont certains semblaient déjà se projeter dans le monde du cinéma qui les fait tant rêver.

Mariana Otero travaille en équipe réduite, elle filme tout elle-même et n’est accompagnée que d’un.e ingénieur.e du son, et d’un.e monteur.euse, souvent des femmes, d’ailleurs, pour cette documentariste – féministe depuis longtemps – qui souligne qu’elle a vite réalisé que ce secteur pouvait se révéler très dur lorsque l’on n’était pas « en charge », particulièrement pour les femmes. Elle a d’ailleurs invité les jeunes réalisateurs à faire particulièrement attention à leurs droits, en tant qu’auteurs et travailleurs : il faut bien penser à négocier au mieux ses contrats car tout travail mérite salaire, même si un film ne se fait finalement pas…il faut bien s’entourer, et a rappelé au passage le rôle essentiel de la Scam pour les auteurs de documentaires.

Mariana Otero
Mariana Otero

Une rencontre dense, remplie de souvenirs, conseils et anecdotes en tous genres, qui semble cependant n’avoir pas contenté les quelques curieux restés pour continuer l’échange avec Mariana Otero après l’intervention, pendant encore près d’une demi-heure !