150 élèves : 1 groupe de première et terminale HGGSP, 1 groupe de première et terminale HLP, 1 groupe de première et terminale AMC et 2 classes de seconde, accompagnés par la professeure documentaliste et l’équipe pédagogique encadrante.
C’est accompagné par son père, que Laurent Richard a choisi de faire son retour au Lycée Raymond Savignac à Villefranche-de-Rouergue dans son Aveyron natal. Avec entrain, il a redécouvert les lieux de son adolescence, le lycée s’étant fait peau neuve tout en ayant gardé des bâtiments inchangés comme la cour ou les installations sportives qui ont fait remonter les souvenirs du journaliste à la surface. Il a même pu croiser un ancien camarade devenu professeur de physique-chimie.
Cette rencontre avec Laurent Richard a été porteuse de sens pour la documentaliste qui nous a accueilli au lycée car, au-delà de l’apport d’une discussion avec un ancien élève devenu journaliste d’investigation reconnu, cet événement coïncidait avec la semaine de la presse et des médias à l’École organisée par le CLEMI. De plus, deux classes de seconde avaient travaillé sur le dispositif Classe Investigation du CLEMI portant sur une enquête de Forbidden Stories, réseau de journalistes créé par Laurent Richard. Un concours de circonstances plus que favorable aux deux rencontres prévues avec les élèves.
Les échanges se sont amorcés sur le ton de la connivence, d’abord avec les élèves de première et terminale de spécialité puis les secondes. Le journaliste leur a confié avoir fait sa scolarité dans un rayon de 200 mètres autour du lycée. Il a ensuite détaillé son parcours éclectique vers le journalisme. En effet, il a commencé par des études de droit en vue de devenir avocat. Mais, en arrivant à l’Université de Toulouse, il s’engage dans une radio associative puis est embauché à Télétoulouse comme journaliste. C’est comme ça qu’il devient journaliste, sur le terrain et sans passer par une école. Il fait plusieurs reportages à ses frais comme au Cachemire, afin de démontrer ses capacités, avant de travailler pour plusieurs chaînes nationales et de cofonder l’émission phare Cash Investigation avec Elise Lucet.
« Aujourd’hui je suis journaliste, c’est un métier qui est difficile mais c’est un métier qui est passionnant. »
Il a expliqué aux élèves que l’année 2014-2015 marque un tournant dans sa carrière. En effet, alors qu’il suivait le président Hollande en Azerbaïdjan dans le cadre du documentaire Mon président est en voyage d’affaires, une amie journaliste l’informe qu’il risque d’être arrêté pour son travail d’enquête. Elle-même finit emprisonnée pendant plusieurs mois pour son travail sur la corruption du régime, et, depuis sa cellule, l’incite à publier son enquête malgré tout. Quelques temps après, Laurent Richard est l’un des premiers à arriver sur les lieux de l’attentat contre Charlie Hebdo, ses voisins de palier, venant en aide aux survivants. Cet enchaînement d’événements le mène à se questionner sur ce qu’il peut faire pour contrer les réseaux souhaitant réduire les journalistes au silence.
« La mort d’un journaliste nous concerne car il y a toujours deux victimes : le journaliste lui-même et nous tous, la collectivité citoyenne car on n’aura pas accès à cette information ».
Il a alors l’idée de fonder un réseau mondial de journalisme collaboratif. Il part aux États-Unis où il bénéficie d’une bourse universitaire pour monter son projet Forbidden Stories. L’objectif est de regrouper des journalistes de plusieurs rédactions à travers le monde afin de continuer, en consortium, le travail d’un journaliste persécuté pour ses investigations avant de le publier de manière simultanée et de donner de la force au mouvement.
« Si moi je suis libre, je peux poursuivre le travail d’autres qui ont été emprisonnés ou assassinés. Le journalisme est un contrepouvoir et, en publiant à plusieurs en même temps, on fait en sorte que le sujet soit inévitable. Puis c’est aux politiques et aux associations de s’en emparer pour mieux protéger la société.»
Le Projet Daphne est le premier à voir le jour et des dizaines s’ensuivent, poursuivant la maxime : « Tuer le messager ne tuera pas le message ». Forbidden Stories a même développé un outil préventif pour éviter que les journalistes soient assassinés : le Safebox Network, un coffre-fort virtuel où les journalistes peuvent placer leurs recherches puis faire savoir publiquement que leur travail sera continué s’ils sont amenés à disparaître.
« C’est une manière de réagir collectivement aux menaces de la liberté de la presse. Si on assure la survie de l’information, alors on protège mieux le journaliste. »
Ce parcours inspirant a entraîné plusieurs questions des élèves notamment sur les enjeux de telles enquêtes sur sa sécurité, s’il avait fait face à des représailles ou des tentatives de corruption. Laurent Richard leur a expliqué qu’il avait été attaqué en justice et menacé de mort, ce qui est fréquent pour les journalistes. Il fait donc relire son travail journalistique par des avocats : « Dès l’instant où on s’exprime publiquement, on a un vrai devoir de prudence. Pour les journalistes, c’est très contrôlé, on doit vérifier ce qu’on dit. » Quant à sa première enquête, il a impressionné les élèves en leur révélant s’être infiltré dans une secte. La question de L’IA et des réseaux sociaux est également revenue. Laurent Richard s’est avoué inquiet de l’impact que les réseaux peuvent avoir sur l’information, notamment avec les algorithmes et la prolifération des fake news, amplifiée par l’intelligence artificielle. Pour lui, le problème vient du manque de régulation face à la vitesse d’évolution de cet outil.
Le journaliste a fini en encourageant les jeunes se projetant dans cette voie :
« Si vous êtes curieux, aimez voyager et vivre des expériences intenses, vous plonger dans les histoires de personnes et les raconter, c’est fait pour vous ! D’autant plus si vous croyez en la démocratie. »
Il a souligné que c’était également une manière pour eux de vivre de leur passion et de donner un sens à leur future profession en s’engageant pour le changement.