150 élèves : 1 classe de seconde d’option Arts plastiques, 1 classe de première spécialité Arts plastiques et 1 classe de terminale spécialité Arts plastiques (lycée général), 1 classe de première ASSP2, 1 classe de terminale ASSP2 et 1 classe de terminale AEPA (lycée professionnel) accompagnées par 1 professeure documentaliste et 1 professeur d’Arts appliqués
C’est très décontracté, coiffé de son incontournable chapeau, que Fabrice Fournier alias Fifou est revenu au lycée Jehan de Chelles. Chellois de naissance, il y a fait toute sa scolarité et rend souvent visite à ses parents aux alentours. Mais c’est la première fois depuis son bac qu’il a franchi les portes de cet établissement, là où sa vocation est née.
Le photographe a rencontré deux groupes d’élèves aux orientations bien différentes, l’un fréquentant les cours d’arts plastiques du lycée général, l’autre suivant un parcours de soins et services à la personne au lycée professionnel. Lors de ces échanges, il a commencé par présenter aux jeunes son parcours. Élève moyen, il était passionné de dessin, souhaitant faire de la bande dessinée son métier. C’est cet intérêt pour l’art qui l’a poussé à s’impliquer en cours afin d’intégrer une école d’arts après le bac.
« J’avais cette chance d’avoir une passion et quand t’es un peu moyen ou perdu, avoir une passion, c’est une locomotive. »
C’est également au lycée que la musique prend une place prépondérante dans sa vie. « J’ai découvert le rap à Jehan de Chelles et c’est devenu ma deuxième passion. » Il devient le DJ du lycée et passe ses musiques préférées tous les mardis à la pause méridienne. À côté, il s’investit dans la salle de concert Les Cuizines, voisine du lycée.
Fifou a insisté sur le fait que ces expériences lui ont ouvert des opportunités pour la suite de sa carrière, forgeant ainsi son réseau professionnel. « J’ai été très débrouillard. J’ai toujours été actif et impliqué à côté de l’école. »
Lui qui se destinait à une carrière de dessinateur est finalement tombé presque par hasard dans la photographie. Baignant dans le monde du rap, c’est par le biais de rencontres – son nom d’artiste lui vient par exemple de JoeyStarr du collectif suprême NTM qu’il fréquentait durant son adolescence – mais aussi grâce à son audace qu’il a progressivement imposé sa place comme « photographe aux mille pochettes ».
« Honnêtement, je me suis fait sur le terrain. J’ai fait une école prestigieuse d’arts appliqués mais tout n’était pas tracé. »
Les élèves, impressionnés par son parcours, lui ont demandé avec lesquelles de leurs stars préférées il avait pu collaborer. La réponse est simple : toutes (ou presque), même à l’international. Il a expliqué sa méthode de travail, prenant en exemple sa collaboration avec Aya Nakamura, adulée par la plupart des élèves. Elle lui envoie son album en avant-première, il l’écoute et les idées viennent. Par la suite, il lui propose plusieurs pistes et un moodboard, dossier répertoriant les inspirations et intentions qu’il projette pour l’identité visuelle de son album. Elle choisit et valide avant de faire le shooting.
Fifou a ensuite décrit aux lycéens le travail derrière un shooting, les moyens déployés ainsi que l’équipe de professionnels mobilisée.
Pour illustrer son propos, il leur a proposé de visionner une vidéo retraçant étape par étape le shooting de la pochette de l’album BLO II du groupe 13 Block. Il y a beaucoup de travail et d’investissement en amont de la part des artistes ou des labels. Une fois le jour du shoot arrivé, tout le monde se coordonne. Il faut parfois faire face aux imprévus. Une fois les photos prises, Fifou passe en postproduction et retouche les photos, l’étape la plus laborieuse mais qu’il aime toujours faire lui-même. Ce décryptage du travail derrière une pochette d’album a poussé les lycéens à le questionner sur son rapport à l’art et à son image, lui qui travaille en coulisse.
« C’est ça que j’aime, être dans l’ombre. Je fais un métier qui n’est pas fait pour être à la lumière, c’est l’œuvre qu’on fait qui doit être dans la lumière. » Avant d’ajouter, « Tout m’inspire dans l’image, c’est mon mode de vie. »
Les élèves lui ont posé de nombreuses questions sur son parcours, sur les aspects plus pratiques de son métier et sur les enjeux auxquels il fait face comme l’IA. Un élève lui a demandé la place qu’ont occupée ses études dans sa réussite professionnelle, ce à quoi le photographe a répondu qu’il aurait eu la même carrière sans ses études. Il n’avait pas d’autres envies ou de plan B. En revanche, ses études lui ont apporté un socle de connaissances. Selon lui, l’école permet à tous d’éveiller sa curiosité et d’être sensibilisé à une multitude de sujets vers lesquels on peut par la suite se spécialiser. Quant à l’IA, le photographe a précisé qu’il l’utilisait déjà sur des logiciels de retouche. Pour lui, c’est une révolution sur laquelle il faut prendre le pas et savoir assimiler. La question de la rémunération est également revenue.
Fifou a expliqué aux élèves que sa notoriété lui permettait de bien gagner sa vie tout en faisant ce qu’il aimait. Mais, étant à son compte, cela impliquait beaucoup de travail et de responsabilités.
« Quand t’es confirmé, il faut donner encore plus car tout le monde regarde. Je me suis déjà fait enfoncer comme encenser sur les réseaux sociaux. Il faut prendre du recul. »
Au cours de ces rencontres, Fifou a insisté sur le fait que pour réussir, dans l’art ou ailleurs, il faut être curieux et patient. En effet, il a fait remarquer aux élèves qu’à l’ère des réseaux sociaux, on a tendance à tout vouloir tout de suite, que leurs modèles leur donnent cette impression d’immédiateté de la réussite. Il leur a répété de ne pas abandonner et de rester positif quoi qu’il arrive. Sur ces mots encourageants, certains élèves sont venus lui demander des autographes et des photos, d’autres en ont profité pour parler de leurs projets personnels. Tous sont repartis inspirés par cet échange avec cet ancien élève.