160 élèves : 5 classes de cinquième accompagnées de leurs professeurs et du principal adjoint et responsable pédagogique
Emmanuèle Pétry-Sirvin est revenue à Cannes à l’Institution Sainte-Marie de Chavagnes où elle a suivi sa scolarité en pensionnat de la cinquième à la terminale. Accueillie par le principal adjoint, la productrice a pu redécouvrir ce cadre familier malgré les nombreux changements et aménagements de l’établissement. La première rencontre a réuni 3 classes et la seconde 2 classes de cinquième, qui avaient toutes préparé des questions à poser à l’ancienne élève.
Emmanuèle Pétry-Sirvin a commencé par exprimer sa joie et son émotion d’être de retour dans cet établissement où elle est arrivée à 12 ans, soit au même âge que son auditoire. Elle leur a expliqué son parcours scolaire, qui ne la prédestinait pas à devenir productrice, métier qui lui était alors inconnu. C’est elle qui, après une année de 6ème malheureuse à Cagnes-sur-Mer, a demandé à ses parents de l’inscrire en pensionnat à Cannes, inspirée par la vie des héros de ses lectures de jeunesse.
« C’était comme un cadeau pour moi d’être en pension. Et cet amour des livres a fait que, de manière très instinctive, j’ai voulu adapter des livres que j’ai aimés en série d’animation. »
Sa matière préférée étant le français, elle a poursuivi des études supérieures en littérature comparée à Nice, tout en faisant de nombreux petits boulots à côté, notamment au Festival de Cannes.
De fil en aiguille, elle s’est liée d’amitié avec des producteurs et a commencé à travailler pour la société Nelvana sur des projets d’animation jeunesse comme Babar ou Franklin. Depuis, elle a fondé sa propre société de production de films et séries d’animation, Dandelooo.
« Quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je ne savais pas. Mon itinéraire s’est fait parce que j’avais confiance en la vie, les rencontres et la curiosité. »
Par la suite, elle a expliqué aux collégiens en quoi consistait le métier de producteur :
« En tant que producteur, on est comme un chef d’orchestre. Les producteurs sont ceux qui ont l’idée au départ, ils trouvent l’argent, montent une équipe et cela peut prendre très longtemps. »
Elle leur a présenté les différentes étapes de production d’un film ou d’une série d’animation. Emmanuèle Pétry-Sirvin a illustré son propos avec l’exemple d’un de ses projets en développement avec Catharina Valckx sur l’histoire d’Edith la petite fille qui avait 100 ans. Tout part d’une idée ou d’une lecture. Pour que le projet soit développé, la productrice doit monter une équipe composée de dessinateurs et de scénaristes qui travaillent sur le moodboard et le scénario. Il lui faut également recruter un réalisateur qui va mettre en image tout ce qui a été préparé par l’équipe à travers un storyboard et un animatique, posant ses intentions artistiques avant le produit final.
Cela permet aux diffuseurs d’avoir une idée du résultat et de les convaincre d’apporter les fonds nécessaires car un film d’animation requiert un budget conséquent. Une fois le film finalisé, il est envoyé en festival. À ce moment-là, la productrice met sa seconde casquette professionnelle :
« Mon autre métier, c’est la distribution sur les marchés internationaux, car il faut réussir à vendre. C’est un aspect que j’adore car cela me permet de rencontrer des gens du monde entier. »
Lors du second temps de rencontre, la productrice a davantage répondu aux nombreuses questions des élèves. Les collégiens ont voulu savoir quel avait été son plus gros projet, ce à quoi elle a répondu, sans hésiter, La cabane à histoires. En effet, ce projet était un défi sur plusieurs aspects : un format hybride à la fois en animation et en prise de vue réelle, basé sur l’adaptation d’une centaine d’albums jeunesse impliquant des contrats différents pour chacun d’entre eux, développé pendant 8 ans sur 4 saisons. C’est également ce projet qui lui a donné l’un des plus beaux moments de sa carrière, lorsqu’il a été récompensé par un Emmy Award. Un élève l’a interrogée sur les difficultés de son métier. La productrice a expliqué la complexité de trouver un concept différent qui sache convaincre un public et l’importance de croire en ses projets pour tenir sur la durée.
La question de la rémunération est également revenue. Elle a confié aux élèves que sa société préfère produire des projets de qualité, même si ce ne sont pas toujours les plus lucratifs.
Et c’est en étant passionnée par son travail que les opportunités sont venues à elle et qu’elle a pu bien gagner sa vie. Le temps d’échange s’est clôt sur quelques conseils de la productrice aux élèves :
« Deux qualités sont la patience et la persévérance, il ne faut jamais lâcher. Il faut se connaître soi-même pour développer ses qualités et rester curieux. »