60 élèves : Classes de double cursus musique obligatoire et facultatif, accompagnés par un professeur de musique et une professeure documentaliste
C’est devant son lycée parisien que l’équipe d’un César à l’École a retrouvé Clément Ducol, très enthousiaste à l’idée de revenir sur les pas de sa vocation. Accueilli par les professeurs en charge du projet, il a pu visiter l’établissement, se remémorant les différents lieux où il passait son temps dans l’enceinte de ces murs classés patrimoine historique. Après une rencontre avec la direction où il a pu se rappeler de certains aspects de sa scolarité en double cursus musique, il a été temps de rejoindre le préau où s’est déroulée la rencontre avec les élèves suivant le même parcours scolaire que lui des années auparavant.
La rencontre a été amorcée par le musicien qui a commencé par retracer son parcours depuis la petite enfance. Il a suivi un double cursus musique dès ses 8 ans et a eu son bac grâce à cet équilibre entre cours généraux et enseignement musical. Mais il a confié avoir remis en question sa vocation vers 15 ans : alors qu’il se destinait à une carrière de chanteur, sa voix a mué. Il a dû changer de projet et s’est tourné vers les percussions et la composition, qui lui ont permis de rejoindre le CNSM de Lyon avant de recevoir le prix du Conservatoire en 2007. Par ce témoignage, Clément Ducol a signifié l’importance d’être passionné, bien entouré et curieux des différentes opportunités.
« Les progrès, vous allez les faire par les rencontres. Allez convoquer d’autres formes artistiques : c’est là-dessus que vous allez progresser. Il faut vivre musique, vivre dans une démarche artistique au quotidien. La technique devrait presque être optionnelle »
Il a ensuite insisté auprès des élèves sur l’importance du système de l’intermittence du spectacle, exception française qui apporte une sécurité à tous ceux qui souhaitent poursuivre une carrière artistique. « Depuis 2007, je n’ai fait que travailler et grâce à l’intermittence, j’ai pu vivre sereinement, même très jeune, de la musique. » Puis il a orienté son récit sur les étapes de sa vie professionnelle l’ayant mené vers la composition de musique de film. Il a raconté aux élèves sa rencontre cruciale avec la chanteuse Camille, qui est devenue sa partenaire à la fois dans sa vie personnelle et professionnelle. C’est en travaillant sur la composition de son album qu’il a étendu ses compétences vers les arrangements et l’orchestration de disque. Ainsi, il est devenu réalisateur d’album, un rôle peu connu qui consiste à donner une couleur et une direction artistique à un projet. Cette nouvelle casquette l’a mené, par la suite, à travailler sur des musiques de film et à être repéré pour la direction de la comédie musicale Annette, réalisée par Leos Carax. Cette première expérience l’a exposé au monde du cinéma et, par le jeu des contacts, il a été appelé par Jacques Audiard pour faire la musique de Emilia Perez.
« Parfois, ça se joue à pas grand-chose, à la rencontre plus qu’au CV. Il ne faut pas avoir peur et faire confiance à la rencontre. Il n’y a pas de méthode à appliquer dans ce métier, c’est que de l’humain. »
Les questions des élèves se sont alors principalement tournées vers le film Emilia Perez qu’ils avaient visionné et analysé avec leur professeur de musique pour préparer la rencontre. Clément Ducol a détaillé le processus de création de la musique, racontant qu’ils étaient partis en résidence artistique avec Jacques Audiard, son scénariste et Camille. Il a décrit leurs sources d’inspiration mais aussi le rôle prépondérant de la musique dans l’écriture du scénario. « Il y avait un traitement mais pas de scénario. Le but était de faire le scénario en chansons et qu’elles agissent en forme de catalyseur. Parfois, il y avait une sorte de jubilation car en 3 minutes de chanson, on jetait 20 pages de scénario ». Le fil rouge était le personnage d’Emilia Perez, mais les musiques traduisaient « une transition globale de tous les personnages. » Du moment où il a été contacté par Jacques Audiard jusqu’à la sortie du film, 5 ans se sont écoulés. Clément Ducol a souligné l’importance du temps long dans la création, nécessaire pour l’évolution de chansons.
Une élève lui a demandé si remporter un César et un Oscar lui avait ouvert des portes dans le milieu, question que l’artiste a trouvée très pertinente. En effet, il a relaté les conséquences contradictoires de ses victoires : « je n’ai jamais autant galéré à trouver du travail qu’après les grandes récompenses ». Si cette reconnaissance du milieu lui a apporté une « carte de visite Emilia Perez », elle lui a aussi donné une image de compositeur inaccessible, rangé dans la case « comédie musicale ». Cela vient aussi avec une certaine pression car il est attendu au tournant. Malgré cela, son travail sur Emilia Perez a marqué une étape dans sa vie.
« Emilia Perez est mon plus gros succès mais aussi ma plus grosse expérience. On sent les moments où on fait quelque chose d’extraordinaire qu’on ne fera pas mille fois dans notre vie. J’ai fait Emilia Perez, je me suis dit : je peux mourir. Je suis très fier. »
Tout au long de la rencontre, Clément Ducol a su rebondir sur les questions des élèves, apportant des anecdotes sur le film et expliquant les différentes étapes de travail en lien avec la musique, comme le doublage et les chorégraphies, ou encore sa rémunération sur un tel projet. Il a également évoqué la course aux Oscars et la promotion à laquelle il a pris part aux États-Unis.
Pour clôturer cette belle rencontre, Clément Ducol a sorti son César et l’a fait passer entre les mains des élèves qui en ont profité pour immortaliser ce moment précieux, « C’est le prix qui me touche le plus car c’est une œuvre d’art. ». Certains sont venus lui présenter leur projet professionnel et lui demander des conseils.