Penda Diouf
Dramaturge et comédienne
Lycée Jacques Audiberti, Antibes (06)
9 mars
"À l’heure de revenir au lycée Jacques Audiberti, je repense à mon professeur de français de 1ere, M. Sbouai, décédé aujourd’hui, mais dont j’ai rencontré la fille Sana par le fait du hasard des années plus tard à Paris. Je lui ai dédié une pièce (encore inédite). Je sais que ma rencontre avec lui a été décisive et m’a sans doute accompagnée dans mon métier d’autrice. Je souhaite que chaque élève puisse faire dans son parcours ce type de rencontre inspirante."

87 élèves : 1 classe de seconde, 1 classe de 1ère STMG et 2 groupes d’option théâtre, accompagnés par trois professeures de lettres et une professeure documentaliste

C’est avec une grande émotion que Penda Diouf est revenue sur les pas de son adolescence au Lycée Jacques Audiberti à Antibes où elle a passé ses années de seconde et de première. Accueillie par la professeure documentaliste et accompagnée par l’une de ses anciennes camarades, qu’elle avait conviée pour l’occasion, l’autrice s’est rapidement remémoré les moments forts qu’elle a vécus dans cet établissement malgré les changements apparents. En effet, c’est sur les bancs de ce lycée, particulièrement au CDI, qu’elle a commencé l’écriture par la poésie. Un retour aux sources teinté de reconnaissance et d’émotion. 

À l’heure de la rencontre, Penda Diouf s’est retrouvé face à près de 80 lycéens qu’elle a invité à la discussion autour de son métier d’autrice et de metteuse en scène.

Les questions des élèves se sont d’abord avérées tournées vers l’aspect pratique d’une profession artistique. Elle a pu expliquer la diversité de ses projets, différenciant l’écriture à partir de ses idées propres et les commandes, qui constituent aujourd’hui la plupart de ses écrits. Elle a précisé que les commandes d’écriture répondent à l’appel d’un théâtre ou d’une compagnie qui la sollicite pour une pièce sur un sujet avec des conditions plus ou moins larges. Elle a toutefois souligné que, quelque soit l’origine du projet, l’écriture doit rester pour elle profondément incarnée :

« Pour écrire, j’ai l’impression qu’il faut que je sois proche de mon sujet, que cela vienne du cœur et des tripes. »

Intriguée, une élève lui a demandé le temps que prend l’écriture d’une pièce. Penda Diouf leur a indiqué que le processus était long et fastidieux, une première version d’une pièce d’une heure nécessitant environ 2 mois de travail et une version finale près d’un an. « J’ai mis 8 ans à écrire une de mes premières pièces, La grande ourse. » De ce fait, l’écriture de plusieurs œuvres se chevauchent souvent. Un tel métier demande une grande organisation.

« L’année dernière, j’ai écrit 6 pièces en même temps. Il faut avoir 6 parties différentes dans son cerveau pour retrouver ce sur quoi on écrit. »

Impressionnés par la charge de travail qu’induit son activité, les lycéens l’ont interrogé sur sa rémunération. Si aujourd’hui la metteuse en scène gagne bien sa vie, elle a tenu à détailler ses sources de revenu et son mode de vie aux élèves. Elle leur a expliqué que les auteurs et autrices de théâtre ne bénéficient pas du statut d’intermittent, ce qui induit une certaine précarité du métier. De ce fait, les autrices et auteurs comme Penda Diouf multiplient les formes de rémunération, au-delà de l’écriture pure. Elle cumule les commandes, les projets personnels, les ateliers d’écriture, les évènements, et surtout les représentations de ses pièces.

« Ce qui nous permet de gagner notre vie en tant qu’auteur/autrice, c’est les représentations. La pièce est jouée et on a un pourcentage sur la billetterie, qui correspond aux droits d’auteurs gérés par la SACD. »

Penda Diouf est, par la suite, revenue sur son parcours atypique qui l’a menée à pouvoir vivre de son écriture, chose dont elle rêvait déjà sur les marches des escaliers du lycée Audiberti. À 18 ans, elle envoie sa première pièce à un comité de lecture et reçoit une bourse d’encouragement qui lui apporte une forme de légitimité dans ce milieu. Cependant, ses parents l’encouragent à suivre une voie plus conventionnelle. Elle qui voulait étudier les lettres, poursuit alors un bac en filière économique puis commence une licence de droit, mais elle ne s’épanouit pas. Elle finit par se réorienter en étude de lettres et art du spectacle, travaillant en parallèle comme ouvreuse dans un théâtre. Cette expérience lui permet de découvrir un monde qu’elle n’a pas eu l’occasion de fréquenter dans sa jeunesse. Par la suite, elle devient bibliothécaire et finit à la tête de 4 bibliothèques en Seine Saint Denis, tout en poursuivant l’écriture. 

Ce n’est qu’en 2019 qu’elle pose sa disponibilité pour se consacrer pleinement à son rêve d’adolescence, écrire à temps plein. Elle qui a commencé à écrire à 18 ans, se professionnalise à 38 ans, mettant fin à « 20 ans en souterrain ». Elle en a également profité pour rappeler que son parcours, comme celui de tout auteur et autrice, a été rendu possible par les opportunités qui se sont présentées : « Il y a du travail mais aussi un facteur chance ».

Très curieux, les élèves l’ont globalement questionné sur son quotidien et ses expériences : à quoi ressemble une semaine type ? Souhaite-t-elle adapter certaines de ses pièces au cinéma ? Comment s’opère le processus de mise en scène de ses pièces notamment au niveau de la distribution des rôles et du casting ? Quels obstacles elle a pu rencontrer en tant que femme racisée dans ce milieu ? Ou encore, quel est son point de vue sur la montée de l’IA et son impact sur les carrières artistiques ? 

Penda Diouf a enfin insisté sur ses motivations à venir échanger avec les élèves de son ancien lycée, rappelant son attachement à ce lieu fondateur pour sa carrière de dramaturge mais également son investissement dans les questions de transmission, pour donner l’envie et la légitimité aux jeunes générations.

« Des fois, d’avoir des exemples et de rencontrer des gens, ça ouvre des portes. »

À la fin de la rencontre, le groupe d’option théâtre a vécu un moment privilégié avec l’autrice. Trois élèves avaient prévu un instant de lecture d’extraits de son œuvre, Sœurs nos forêts aussi ont des épines.

Moment d’émotion et de partage pour Penda Diouf, venant clôturer son voyage vers ses années lycée.

PRESSE

Nice Matin – 11 mars 2026