Jean-Christophe Deveney
Scénariste de Bandes dessinées
Lycée Jean Aicard, Hyères (83)
30-31 mars
"Les pratiques artistiques ne sont pas innées, elle se transmettent. Si je n’avais pas eu l’opportunité de rencontrer un auteur de bande dessinée dans le cadre d’un atelier au sein de mon lycée, je n’aurais sans doute pas découvert la richesse et la liberté de cette forme artistique."

107 élèves : Au lycée, 60 élèves de seconde, de spécialité et option arts plastiques encadrés par une professeure documentaliste, une professeure de lettres et une professeure d’arts plastiques. Au collège, 47 élèves de cinquième accompagnés par leur professeure de français et la professeure documentaliste. 

Accueilli par le soleil de son Var natal, JC Deveney est revenu avec grand enthousiasme dans les établissements qui ont marqué sa jeunesse entre Hyères et Carqueiranne. 

Il est d’abord retourné dans son ancien lycée, Jean Aicard, où il a découvert son métier actuel de scénariste de bandes dessinées. Il a pu retrouver cet imposant établissement, installé dans un ancien hôtel du XIXème siècle où séjournait la reine Victoria avec sa cour. Avec le recul, il s’est rendu compte de la chance qu’il avait eue d’étudier dans ces salles historiques, notamment au CDI, qui a même gardé son parquet d’époque.

Les professeures en charge du projet ont impliqué les élèves en amont, en les faisant travailler par équipe sur ses différentes BD. À tour de rôle, chaque groupe est passé pour présenter une œuvre et poser des questions ciblées à l’auteur. L’occasion pour le scénariste de rebondir et d’expliquer en profondeur son parcours, son métier, les dynamiques de son secteur d’activité et les choix artistiques derrière chacune des BD présentées : Soli Deo Gloria, Météores, Empire Falls Building et Géante.

La discussion s’est poursuivie sur le rôle du lycée Jean Aicard dans la découverte de sa voie professionnelle. En effet, lorsqu’il était en première, il y avait un festival de BD à Hyères, en parallèle duquel des ateliers BD ont été mis en place au sein de l’établissement, animés par Didier Tarquin. Lui qui aimait raconter des histoires mais n’avait pas d’appétence particulière pour le dessin, a rejoint cet atelier avec des amis et a découvert de manière pratique et concrète ce qu’était le scénario de BD, rendant cette voie accessible. Il a ensuite détaillé l’essence de son métier en tant que scénariste :

« Mon but dans la vie, c’est de raconter des histoires et donner ça à des auteurs et autrices qui le mettent en dessin. Le scénario est un produit qui doit être transformé par le travail de quelqu’un d’autre. » 

Il a raconté aux élèves comment il a commencé avec sa première BD Pitchusan, qui lui a permis de franchir une première étape en signant chez Albin Michel et ainsi de rassurer sa famille sur son choix de carrière. Il a expliqué également comment les scénaristes et dessinateurs se rencontraient pour travailler sur un projet, que ce soit en festival, en librairie, mais aussi grâce aux réseaux sociaux. Parfois, les autres professionnels du secteur facilitent les rencontres, comme ce fut le cas pour sa BD primée Soli Deo Gloria où il a été mis en contact avec l’illustrateur Edouard Cour à travers son galeriste.

Dans cette BD, le scénariste plonge le lecteur dans le XVIIIème siècle allemand, période difficile pour le peuple mais également apogée du baroque avec, comme élément central, la musique. JC Deveney a évoqué avec les élèves ses sources d’inspiration, son processus d’écriture et son travail avec le dessinateur, afin de mettre la musique en exergue par le dessin et le jeu des couleurs. « J’aime aller travailler avec des auteur.ice.s complets car ils ont leur univers et ça me confronte à autre chose. » À travers la revue de ses œuvres par les élèves, JC Deveney a confié que ses BD partent toujours d’un thème et d’un questionnement et que « souvent, on construit ses histoires autour de celles qui existent déjà. » 

À la question de savoir s’il n’avait jamais voulu écrire autre chose que des BD, il a répondu qu’après avoir exploré plusieurs domaines, c’était la forme où il se sentait le plus libre.

Le travail en petit comité, sans contraintes budgétaires, lui permet d’avoir une mainmise quasi totale sur le projet. Par ailleurs, la réalisation d’un album est un processus très long, l’écriture du scénario prend plusieurs mois et les dessins à peu près deux ans, incitant le scénariste à multiplier et varier les projets :

« Je ne suis pas lassé car je ne travaille jamais que sur un seul scénario. Je tourne sur différents projets. Aujourd’hui je tourne sur dix projets en même temps. »

La question de la rentabilité économique de ce métier est finalement venue. JC Deveney a expliqué aux lycéens le concept de la chaîne du livre, afin qu’ils aient une vision complète des acteurs du milieu (auteur, dessinateur, éditeur, diffuseur…) ainsi que de leur rémunération grâce au système d’avances et de droits d’auteur. Si aujourd’hui, grâce au succès de ses BD récentes, il arrive à gagner correctement sa vie, il a rappelé que c’était un métier précaire.

« J’ai mis très longtemps à vivre seulement de l’écriture de scénario de BD, que depuis 2020. Pendant longtemps j’ai eu d’autres métiers à côté pour me permettre de vivre. ».

La rencontre au lycée s’est achevée sur la projection de scénarios et de planches sur lesquels JC Deveney avait travaillé, avec un conseil simple mais efficace pour les élèves souhaitant poursuivre dans la même voie que lui : essayer. 

Le lendemain, JC Deveney a retrouvé son collège Joliot-Curie à Carqueiranne, ville où ses parents habitent toujours. La découverte est totale car l’établissement a été refait à neuf sur le même emplacement il y a 10 ans, le scénariste a eu l’impression de voir « le fantôme de l’ancien collège ». Avant les rencontres avec deux classes de cinquième, il a également pu se rendre au club lecture du collège.

Pour commencer la première heure de rencontre, JC Deveney est revenu sur ses souvenirs du collège. Plutôt bon élève, c’est ici que s’est formée son envie de raconter des histoires à travers la découverte des jeux de rôle dans un club. Il a ensuite questionné les collégiens sur leur vision du métier de scénariste de BD, avant de préciser :

« Ce que je propose, moi, c’est une description, un mélange d’action, d’image et les dialogues qui vont avec. Mon rôle, c’est d’imaginer l’histoire, mais aussi d’avoir une représentation mentale des images. »

JC Deveney a expliqué la recette pour écrire une histoire. Il faut 3 éléments, des personnages, une intrigue et un univers, tout en répondant à 3 attentes : le sens, le suspense et la crédibilité. « Toute histoire est un équilibre entre : “je dois surprendre” et “les gens doivent croire en mon histoire”, qu’elle soit possible. »
Pour que les élèves se figurent son processus d’écriture, l’auteur leur a amené son carnet, que les élèves ont pu feuilleter, où il passe d’idées raturées à la formation des cases pour le scénario avant de les mettre au propre sur ordinateur.

Les élèves avaient préparé plusieurs questions pour le scénariste, à la fois sur son parcours et ses œuvres.

Combien de temps pour écrire une BD ? Quelle est celle dont il est le plus fier ? Préfère-t-il écrire pour les adultes ou la jeunesse ? Comment trouve-t-il les titres de ses BD ? La question de l’IA est également revenue. Il a pu expliquer son rapport à cet outil si particulier. Il n’utilise pas l’IA pour l’aider à l’écriture, mais pour traduire ses textes et ses échanges lorsqu’il travaille avec un.e dessinateur.ice étranger, comme ce fut le cas pour sa BD Géante, illustrée par une artiste espagnole. Enfin, il a incité les collégiens à croire en eux, à poursuivre leur passion et à ne pas limiter leurs ambitions à l’environnement dans lequel ils évoluent :

« J’ai pensé longtemps qu’en ayant grandi ici, il ne m’était rien arrivé de palpitant. Mais c’est faux, on a tous des choses à raconter. »

Pour clôturer ces rencontres, JC Deveney a dédicacé plusieurs BD pour le CDI comme pour certains élèves.