77 élèves : 25 élèves de seconde, 26 élèves de première et 23 élèves de terminale en option et spécialité arts plastiques et des élèves du club manga accompagnés par une professeure documentaliste et une professeure d’arts plastiques.
C’est avec entrain que Julien Chheng a retrouvé son ancien lycée, Marie Curie à Sceaux, où il a passé son bac. Accueilli par la professeure documentaliste et la professeure d’arts plastiques, Julien Chheng a pu redécouvrir les lieux de sa jeunesse. Il a arpenté les couloirs, se remémorant comment l’espace était partagé en fonction du niveau de popularité des élèves, opposant les sportifs aux options arts plastiques, dont il faisait partie. Le bâtiment, classé monument historique, est resté inchangé – même la peinture, dont la couleur porte le nom de Marie Curie, est protégée – ce qui a permis au réalisateur de se remémorer les souvenirs de son adolescence avec précision. Ce retour vers le passé l’a conduit dans la salle d’arts plastiques où il s’est rappelé sa professeure de l’époque et de ses méthodes de travail, l’ayant forgé pour la suite de sa carrière.
Pour amorcer la discussion avec les élèves, Julien Chheng est revenu brièvement sur son parcours.
Il a expliqué avoir suivi une option arts plastiques depuis le collège, puis sa passion pour le dessin a influencé sa scolarisation dans ce lycée à Sceaux :
« Par dérogation, je suis arrivé à Marie Curie pour prendre cette option légère. Je suis allé en scientifique mais j’allais en secret dans les cours d’arts plastiques. »
En effet, ses parents étant sceptiques à l’idée d’une carrière artistique, il a suivi une filière scientifique, l’empêchant de faire l’option lourde en arts plastiques. Il a confié alors aux élèves qu’il séchait certains cours pour rejoindre ses camarades en arts plastiques. Sans en parler à ses parents, il a passé les concours des écoles d’art et a intégré Estienne pour une formation en illustration. Après 2 ans dans cette école, il est reçu au concours de l’école des Gobelins pour apprendre l’animation en 3 ans. Cette rétrospective l’a incité à témoigner :
« Malgré l’avis des parents ou des gens, on peut vivre de son art mais ça demande énormément de travail. Il a fallu prouver chaque année que j’avais fait le bon choix de partir dans les arts plastiques. »
À la fin de ses études, il est recruté aux États-Unis par Disney. Il y a découvert un monde totalement différent de ce qu’il connaissait en France, notamment une mise en concurrence importante entre dessinateurs et un travail intensément secret sur des projets souvent abandonnés. Julien Chheng a expliqué aux élèves s’être vite rendu compte que cette gestion d’équipe ne lui convenait pas. On l’avait fait venir spécifiquement pour apporter son style français à l’animation 2D de Disney, mais il se sentait restreint dans son travail. Il s’est alors mis en tête de faire ses propres films en France. « J’ai eu cette exigence très française de dire, je refuse ce confort car il y a plus impactant à faire avec des plus petits moyens en France. » C’est ainsi qu’il est rentré des Etats-Unis pour créer son propre studio d’animation, La Cachette, avec des camarades des Gobelins. Cette étape l’a confronté à de nouveaux enjeux, notamment la gestion humaine d’une équipe mais aussi la gestion d’entreprise au-delà de la pratique artistique.
« Un film, c’est gérer un énorme paquebot de 150 personnes qu’on essaye de mener à bon port. »
C’est ainsi que de nombreux projets reconnus ont vu le jour comme Ernest et Célestine, voyage en Charabie que les élèves avaient étudié en classe, mais aussi la série primée Primal ou encore l’épisode de Star Wars : Vision, une des expériences les plus marquantes à ce jour pour la carrière de Julien Chheng. Il a raconté aux lycéens la façon dont, en concurrence avec plusieurs studios, il a été invité à faire sa version de Star Wars en 15 minutes avec une liberté totale, jusqu’à faire le mixage du court métrage dans le ranch de George Lucas. Il a avoué aux élèves que l’œuvre dont il est le plus fier, car elle regroupe tout ce qu’il a toujours voulu faire en animation, est son premier long métrage à venir, Mu Yi et le beau général.
Ce qu’il aime dans son métier, c’est qu’il n’a pas l’impression de travailler. Cela lui permet de beaucoup pratiquer et d’être très performant :
« On peut avoir tout le talent du monde au départ, c’est la volonté de vouloir progresser qui fera la différence. C’est le travail qui fait qu’on peut aller plus loin que ce qu’on pensait pouvoir faire. »
Les élèves, dont certains souhaitent s’orienter vers des métiers artistiques, avaient de nombreuses questions en réaction à son parcours inspirant. Son détour chez Disney a suscité de nombreuses réactions mais également des questionnements plus généraux sur la fabrique d’un film et sur les enjeux du milieu. Quel logiciel d’animation utiliser ? Est-ce possible de continuer des projets avortés par des studios ? Comment est-ce qu’on crée des personnages et avec quelles contraintes ? Comment cela se passe avec les ayants-droits sur des films comme Ernest et Célestine ? Comment se passe la mise en musique d’un film ? Comment gérer la critique ?
La question de l’Intelligence Artificielle est également revenue et Julien Chheng s’est avoué mitigé sur l’impact qu’elle aura sur son domaine d’activité, l’animation. Pour lui, l’IA sera rapidement performante sur la reproduction des styles les plus documentés comme le manga ou le style 3D proposé par Pixar et Disney.
« Je pense que c’est bien de travailler sa singularité pour contrer l’IA ou, au moins, être en avance dessus. L’objectif est d’être le plus créatif possible. »
Enfin, il a donné quelques conseils aux élèves pour gérer cette période de leur vie qu’il sait compliquée. « Je pense que c’est bien de se donner un peu de temps quand on est jeune pour savoir ce qu’on veut faire. » Et pour ceux souhaitant suivre un parcours similaire au sien, il a insisté sur l’importance d’avoir des idées à foison et de savoir les défendre :
« Si vous racontez une histoire derrière votre création, c’est ce qui vous fait vous démarquer à niveau de dessin équivalent. »
La rencontre s’est achevée par un moment d’échange plus informel, permettant aux élèves de poser leurs dernières questions.