60 élèves : 2 classes de seconde générale accompagnées par leur professeure de français.
Le scénariste Simon Jablonka est revenu avec beaucoup d’émotion sur les traces de son adolescence au Lycée Buffon, établissement où il a effectué toute sa scolarité, de la sixième à la terminale. Accueilli par la professeure de français ayant préparé cette rencontre, l’ancien élève a arpenté les couloirs de la cité scolaire parisienne. Il s’est souvenu avoir dû prendre l’option allemand renforcé dès la sixième afin d’être scolarisé dans cet établissement en particulier.
Simon Jablonka a introduit la rencontre en affichant sa photo de classe de seconde, pour montrer aux élèves à quoi il ressemblait lorsqu’il était à leur place. Après quelques anecdotes, le scénariste a commencé par présenter son parcours aux lycéens. Si cela fait plus de 20 ans qu’il est scénariste, il a trouvé sa voie un peu par hasard. En effet, il a fait une prépa scientifique puis une école d’ingénieur après son bac. Cependant, ses études ne le passionnaient pas et, une fois diplômé, il a fait son service militaire pour se laisser le temps de trouver sa voie. Amateur de rédaction depuis le lycée, Simon Jablonka s’est formé sur le tas, notamment en fréquentant d’autres scénaristes sur des forums internet.
« Mes parents ont flippé car j’avais un bon diplôme mais je n’en voulais pas, je disais : je veux être scénariste. »
N’ayant pas fait d’études littéraires et ne connaissant pas ce milieu, il commence dans une société de production en faisant les fiches de lecture avant de passer à l’écriture, notamment de séries policières pour TF1. Depuis il écrit pour des commandes, diffusées sur des chaînes de télévision ou des plateformes, tout en travaillant en parallèle sur ses projets personnels comme Kim Kong, que les élèves ont visionné pour préparer la rencontre.
Inspirées par ces mots introductifs, les questions n’ont pas tardé à fuser. Tout d’abord, les lycéens ont voulu en savoir plus sur le métier de scénariste. « Le scénario, c’est l’histoire et les dialogues. C’est un document intermédiaire, ce n’est pas une œuvre en soi. Le public ne voit jamais mon travail, il en voit la mise en images. » L’ancien élève a expliqué les différents cas de figure pour l’écriture de scénario, que ce soit un projet personnel écrit à partir de ses inspirations propres, le recrutement sur une série existante pour reprendre l’écriture en cours comme sur la série Les gouttes de dieu, ou encore le principe d’une commande.
« Je suis plutôt un scénariste de commande. J’aime me baser sur les envies des autres, ça stimule ma créativité. Et c’est plus solide. » Il a précisé aux élèves : « Tout existe mais il y a toujours une marge de création personnelle. »
Cette dernière est stimulée chez lui par la documentation de terrain, comme par exemple aller en planque avec des policiers ou visiter un navire de guerre militaire. Une journée type pour lui se passe, malgré tout, en grande partie assis derrière son ordinateur à écrire, entrecoupée de rendez-vous avec des producteurs, diffuseurs, des tournages ou encore des réunions avec des co-scénaristes. Simon Jablonka a expliqué aux élèves que l’écriture de scénario était un travail d’équipe. « Moi, j’aime beaucoup écrire à deux, car c’est plus fécond quand on échange des idées. »
Les élèves l’ont aussi questionné sur les aspects plus techniques de son métier. Il a expliqué que les scénaristes font un métier précaire car ils n’ont pas accès à l’intermittence. Par nécessité économique, il a pu écrire des scénarios auxquels il n’avait pas d’attache particulière ou bien écrire plusieurs projets simultanément. Aujourd’hui, un agent le représente et négocie ses contrats. « Un contrat d’auteur porte sur l’écriture d’un scénario. Je suis payé par étape : à la signature, au résumé, aux différentes versions. Quand le scénario est fini, le contrat est fini. » Mais il est également rémunéré à la diffusion car il touche des droits d’auteur, gérés par la SACD. Ainsi, il est possible de trouver un équilibre pour gagner sa vie en tant que scénariste.
« Être scénariste, c’est une façon de gagner sa vie avec sa plume et ce n’est pas un métier inaccessible. Il faut être inventif, bricoleur et avoir envie mais c’est un métier merveilleux et fascinant. »
Les élèves l’ont aussi interrogé sur la place de l’IA dans son travail. S’il l’utilise pour gagner du temps ou s’inspirer, il leur a assuré que l’IA n’est pas performante sur la création de fictions pour l’instant, mais la question reste en suspens en fonction des évolutions futures de l’outil.
Enfin, les lycéens avaient de nombreuses questions sur sa série Kim Kong. Inspiré par l’histoire vraie de l’enlèvement du réalisateur sud-coréen Shin Sang Ok par la Corée du Nord dans les années 70, qui a été forcé de réaliser le film de propagande Pulgasari, Simon Jablonka a choisi de placer l’intrigue dans un pays « imaginaire » afin d’élargir la portée du message de sa série et d’explorer le thème de la création sous contrainte.
« Je m’identifiais car quand tu travailles pour la télévision, tu as plein de contraintes. Je ne voulais pas que le sujet « Corée du Nord » occupe trop l’esprit, je voulais que ça soit une fable qui parle de création. »
Un élève lui a demandé comment l’écriture et la réalisation de cette série ont appréhendé les clichés, pour ne pas tomber dans le racisme. Une autre a témoigné d’une impression partagée par la classe de ne pas bien connaître le personnage principal avant d’entrer dans le cœur de l’intrigue. Simon Jablonka leur a expliqué qu’à la télévision, on demande de commencer l’intrigue le plus vite possible, ce qui peut provoquer un défaut d’attachement aux personnages.
Avant de clôturer la rencontre et de discuter individuellement avec certains élèves très intéressés, Simon Jablonka a adressé un conseil aux élèves :
« Vivez, explorez, expérimentez. Et le métier que vous voulez faire, vous le trouverez et il vous trouvera. »