94 élèves : 1 classe de Seconde, 1 classe de Première et 1 classe de Terminale spécialité HLP (Humanités, Littérature, Philosophie), accompagnées par un professeur documentaliste, une professeure de philosophie
C’est avec une grande émotion que Nora Melhli est revenue à Angers, ville où elle a grandi et où une partie de sa famille habite toujours. La productrice est retournée dans son ancien lycée, Henri Bergson, où elle n’avait pas mis les pieds depuis ses résultats du bac en 1989. L’arrivée devant l’établissement a fait remonter des souvenirs à la surface chez elle, observant, à la fois, les changements dans le quartier alentour mais également les bâtiments du lycée qui se sont modernisés. Accueillie par le chant des grenouilles, qui étaient déjà présentes durant ses années lycée, Nora Melhli s’est rappelée l’ambiance générale de ce lieu qui accueillait une grande mixité sociale. Et, surtout, sa proximité avec le stade où elle s’entraînait à haut niveau en athlétisme. Pour l’occasion de sa visite, le secrétariat de l’établissement lui avait préparé en surprise son dossier scolaire qu’elle a pu consulter avec nostalgie.
« Mon métier est très difficile à définir, je dis souvent que je suis alchimiste. »
Nora Melhli a initié la rencontre en présentant son métier de productrice, consciente que cette profession était assez floue pour la plupart des lycéens. Elle-même ne savait pas que ce secteur existait lorsqu’elle était à leur place. « Mon boulot, c’est de réunir des talents, des gens, des personnalités différentes pour qu’il y ait une alchimie, que quand on regarde un film, on ressente de la magie. À partir du moment où on a une œuvre à l’écran, c’est que la magie a abouti. »
Pour rester concrète dans son exposé, Nora Melhli a montré aux lycéens la bande-annonce d’un de ses derniers films sortis au cinéma, Challengers. Elle a rebondi en expliquant la genèse de chaque film pour un producteur : l’envie de raconter une histoire, de dépeindre la société et de faire vivre des personnages. Elle a présenté ensuite aux élèves les différentes étapes de la production d’un film. La première est celle du scénario. Une grande partie de son travail consiste à rencontrer des auteurs qui lui présentent leurs projets. Parfois, elle engage des auteurs pour développer une idée.
L’étape suivante est celle du financement. À la tête de sa propre société de production, Alef One, Nora Melhli recherche différents partenaires à qui elle vend les droits des films et séries. Une fois les fonds nécessaires récoltés, la production est lancée et le tournage peut commencer. Lors de cette étape, la productrice doit monter une équipe composée du réalisateur et d’une dizaine de postes techniques différents. « C’est un travail collectif, personne ne peut le faire tout seul. On réunit les gens et il faut trouver ceux qui vont fonctionner ensemble. » Elle a présenté aux élèves la diversité des corps de métier avec lesquels elle travaille : régisseur, chef opérateur, directeur de casting… Elle veille à ce que tous participent au bon déroulé du projet.
« C’est un métier de grande responsabilité mais aussi de confiance et d’expérience. C’est en faisant différents postes que j’ai pris en expertise. »
Impressionnés par l’étendue des compétences nécessaires pour exercer le métier de productrice, les élèves lui ont posé de nombreuses questions. Ayant découvert son travail en amont, certains élèves au courant de l’existence d’une filiale londonienne de sa société lui ont demandé comment elle travaillait à l’international. Elle leur a expliqué qu’elle avait toujours orienté son parcours vers l’international et ce depuis le lycée. Elle parle cinq langues et cet aspect de sa vie est ancré dans son travail. Elle fait donc de nombreuses coproductions internationales, intéressantes à la fois sur un aspect financier et artistique mais aussi dans la diversité des méthodes de travail. Les histoires, les manières de les raconter ou encore l’humour ne sont pas les mêmes en fonction du pays.
D’autres l’ont interrogée sur ses potentiels regrets. Elle a affirmé ne pas en avoir car ce métier lui permettait en permanence d’essayer de nouvelles histoires et de ne jamais avoir deux journées pareilles.
« Ce n’est pas que du travail, c’est aussi du plaisir. C’est très inspirant ».
Elle a pu leur parler de la diversité des projets qu’elle a menés comme un documentaire sur l’histoire du peuple Kanak par le prisme de la vie de Christian Karembeu. Les élèves lui ont demandé si c’était difficile d’être une femme dans cette industrie, ce à quoi elle a répondu que le plus compliqué pour elle était de ne pas être de ce milieu.
« Mes difficultés viennent plutôt du milieu social d’où je viens, je n’avais pas le réseau mais j’ai rencontré des gens bien qui m’ont donné ma chance. »
Elle a observé qu’aujourd’hui, il y avait de plus en plus de parité dans le secteur de l’audiovisuel, qui est une industrie puissante en France, offrant de nombreuses perspectives pour les jeunes. Les questions se sont enchaînées : est-ce qu’elle s’est déjà lassée de ce métier ? Comment cela se passe au niveau des assurances sur ces projets ? Comment gère-t-elle la critique ? L’IA a-t-elle une incidence sur son métier ?
Autant d’interrogations auxquelles Nora Melhli a pris grand plaisir à répondre, partageant son expérience avec les lycéens, les incitant particulièrement à croire en eux, à se dire que tout est possible et que, surtout, ils ont droit de se tromper.
« De là où je suis née, de mon milieu social, des études que j’ai faites, le champ des possibles est assez serré mais il ne faut rien s’interdire. »
C’est sur ces mots inspirants que s’est clôturée la rencontre.