60 élèves : 2 groupes de Terminale HLP et l’atelier cinéma accompagnés par un professeur documentaliste et un professeur de HLP
C’est avec son énergie et sa bonne humeur communicative que Manon Messiant est retournée dans son ancien lycée, le lycée Angellier à Dunkerque, pour y rencontrer les élèves dans le cadre du partenariat entre Un artiste à l’école et l’Académie des César. Retrouvant ses marques ainsi que certains de ses anciens professeurs, la productrice a échangé avec des lycéens.
« On dit souvent que la production est un sport de riche, et c’est un peu vrai… Mais je suis venue vous dire que c’est possible, même quand on n’a pas beaucoup d’argent, quand on vient de Dunkerque. »
Manon Messiant a ouvert la discussion en expliquant ce qui l’a poussée à revenir dans ce lycée, et le message qu’elle souhaitait transmettre aux élèves. Grandissant à Dunkerque, elle ne se destinait pas à travailler dans le cinéma, un secteur qui lui paraissait lointain et inaccessible. Durant son parcours, on lui a parfois fait ressentir un certain écart social, mais cela ne l’a jamais limitée. En rencontrant les lycéens de son ancien établissement, elle a insisté sur ce point : si certains ont envie de créer, de raconter des histoires, de travailler dans la culture, c’est possible, et il existe d’excellentes formations publiques accessibles.
« J’ai su très tard ce que je voulais faire… et je me suis trompée plein de fois ! ».
La productrice a ensuite expliqué son parcours. Lycéenne, elle ne savait pas ce qu’elle voulait faire plus tard mais avait un objectif : entrer à Sciences Po. Ambitieuse et de nature optimiste, elle se voyait changer les choses et avoir un impact sur le monde. Petit à petit, elle a compris qu’elle aimait superviser, accompagner les autres, être la « maman du groupe ». Elle a également découvert sa passion pour le cinéma très tard, mentionnant notamment le film Profession : reporter qu’elle a trouvé très ennuyeux à première vue mais son analyse en cours avec un professeur l’a passionnée. Croiser ses intérêts l’a naturellement menée à la production, secteur pour lequel elle a eu un véritable coup de cœur : « j’adore mon métier, et j’adore en parler ». Lors de cet échange, elle a décrit les différentes facettes du métier de producteur. Avant tout, son rôle est de « rassurer le réalisateur ou la réalisatrice ».
Il faut l’accompagner dans le développement de son projet, y trouver ce qui fait le cœur de l’histoire et jauger les priorités. Cette étape d’accompagnement à l’écriture prend environ un an. Ensuite, il faut trouver des financements, c’est-à-dire soumettre des dossiers et rencontrer des partenaires. Et, enfin, il faut « s’assurer que tout se passe bien ».
Manon Messiant a pris en exemple Beurk !, le court métrage qu’elle a produit, récompensé du César du Meilleur Film d’Animation. Le budget était de 260 000 euros, dont une grande partie était dédiée aux salaires de l’équipe. En animation, créer une seconde prend environ une journée pour une personne. En tout, il a fallu un an et demi pour réaliser ce projet.
« Quand j’ai commencé à travailler, mes parents étaient déçus car j’avais fait Science Po et j’ai choisi un métier précaire au début. »
Interrogée par une élève, la productrice a décrit une de ses journées types. Prévoyant généralement un tournage par an, elle passe une grande partie de son temps dans son bureau, arrivant de bonne heure pour répondre à ses mails et organiser sa liste de tâches pour la journée. Elle enchaîne généralement les rendez-vous jusqu’en fin d’après-midi et profite de ses soirées pour regarder des films.
La productrice en a également profité pour évoquer la précarité de la production de courts métrages, qui n’est pas la branche la plus lucrative, mais permet de faire ses armes. Son objectif est de continuer sur du format long, qui nécessite plusieurs millions d’euros.
Manon Messiant a répondu aux questions des élèves sur la production de Beurk !, le cinéma d’animation, son parcours et ses différentes expériences, mais également sur le sexisme et l’élitisme dans son secteur. La productrice a répondu avec franchise : « le cinéma est sexiste comme tous les milieux, et c’est à nous de défendre nos valeurs, notamment en tant que producteur ». De son côté, elle choisit de collaborer avec des personnes qui partagent sa vision.
« Quand j’étais plus jeune, je voulais un César avant 35 ans »
Un élève l’a questionnée sur sa récompense pour le César du Meilleur court métrage d’animation. Est-ce que cela change la vie ? « Mes parents comprennent enfin ce que je fais » a-t-elle blagué, se remémorant cet événement marquant pour l’équipe de Beurk !, qui s’est prolongé jusqu’aux Oscars. Mais les récompenses ne font pas tout, selon Manon Messiant, qui a insisté sur les techniciens dans l’ombre des projets, qui ont des capacités exceptionnelles.
Pour clore la rencontre, la productrice a donné quelques conseils aux élèves, dont certains avaient écrit un projet de scénario et souhaitent le réaliser. L’important est de bien s’entourer, de communiquer avec son équipe avec bienveillance, mais aussi de ne pas oublier de s’amuser.