1 classe de CM1 accompagnée par 1 institutrice
La matinée avant la rencontre, les élèves ont assisté, au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence, à la représentation de Petite balade aux enfers. Ce spectacle, une version accessible à tous de l’opéra Orphée et Eurydice de Gluck, était mis en scène par Valérie Lesort, qui en a également conçu la scénographie et les créations plastiques.
L’après-midi, Valérie Lesort est revenue dans la ville de son enfance, qu’elle n’avait pas visitée depuis une quinzaine d’années. Son ancienne école primaire ayant fermé ses portes, un nouvel établissement a été construit. Exceptionnellement pour l’occasion, les enseignants ont rouvert l’ancienne école afin d’y accueillir la rencontre.
L’artiste a ainsi échangé avec une classe de CM1, particulièrement enthousiaste après la découverte du spectacle et très bien préparée, les élèves ayant élaboré de nombreuses questions.
Metteuse en scène, comédienne et plasticienne, Valérie Lesort a d’abord été interrogée sur la diversité de ses pratiques artistiques. Elle a expliqué la continuité qui relie l’ensemble de son travail :
« Souvent, c’est mal vu d’avoir plusieurs métiers, mais pour moi, c’est une chance d’avoir pu tout réunir. Quand j’écris, je pense aux décors et aux sculptures. En tant que comédienne, je peux aussi me projeter dans le texte.»
Face à cette charge de travail, une élève s’est inquiétée de savoir comment elle faisait lorsqu’elle était malade, tandis qu’un autre lui demandait si elle avait des vacances ou si elle travaillait tout le temps. Amusée, Valérie Lesort leur a expliqué qu’elle était en quelque sorte sa propre patronne, ce qui implique un travail presque continu, mais qu’elle considérait cela comme une chance. Elle a précisé que certaines périodes, notamment celles des répétitions, imposent des horaires plus fixes. Quant à la maladie, elle a appris à composer avec, même lorsqu’elle joue sur scène.
Les élèves ont ensuite voulu savoir combien de temps il fallait pour créer un spectacle. La metteuse en scène a détaillé les différentes étapes de la production théâtrale : l’écriture, la recherche de financements puis la constitution d’une équipe. Elle a insisté sur le caractère collectif du théâtre, où chaque métier compte, des costumes à la lumière, en passant par les machinistes et les comédiens. « Souvent, cela prend au moins deux ans », a-t-elle précisé.
Interrogée sur la fabrication des masques, Valérie Lesort a expliqué de nouveau le processus de conception, du premier croquis à la création du moule, en passant par la peinture et les ajustements. Pour donner un ordre d’idée, elle a évoqué sa participation à l’Exposition universelle de Lisbonne en 1998, lors de laquelle elle a contribué à la création de 120 monstres marins géants, un travail qui s’est étendu sur près d’un an.
Cet exemple a conduit les élèves à l’interroger sur les voyages liés à son métier. Valérie Lesort a raconté comment certains de ses spectacles ont tourné à l’international, notamment son adaptation de 20 000 lieues sous les mers. Pour ce projet, elle a travaillé avec des comédiens chinois, ce qui l’a amenée à adapter sa manière de diriger, ne parlant pas la langue : « J’espère qu’ils jouaient quand même bien », a-t-elle plaisanté.
Au fil des questions, l’artiste a également évoqué les coulisses d’autres créations, comme La Mouche, adaptation théâtrale d’une nouvelle dans laquelle le héros se change progressivement en insecte. Elle a expliqué comment elle imaginait la transformation du héros sur scène : « Je travaille beaucoup avec mon mari, qui est comédien. On teste, on réfléchit, on invente et on bricole. C’est pour cela que je préfère le théâtre au cinéma : tout se joue sans coupure, il faut donc trouver des solutions. » Elle a aussi dévoilé certaines astuces invisibles du spectacle Petite Balade aux enfers que les élèves avaient vu le matin même.
À la question de savoir si elle n’écrivait que des adaptations, Valérie Lesort a répondu qu’elle aimait toujours partir d’une histoire, mais pas nécessairement d’une œuvre existante, comme ce fut le cas avec Les Sœurs Hilton, une pièce inspirée de l’histoire vraie de sœurs siamoises dans une troupe de cirque. Les élèves se sont montrés particulièrement curieux de comprendre comment elle avait pu écrire et interpréter une telle histoire.
Ayant appris dans sa biographie qu’elle avait reçu plusieurs Molières, les élèves lui ont demandé ce que représentaient ces récompenses, tout en tentant d’en recompter le nombre à voix haute, « 11 en tout ». Valérie Lesort leur a expliqué le rôle de la cérémonie et qui était Molière, tout en soulignant que les prix comptent finalement peu à ses yeux : ce qui l’anime avant tout, c’est l’aventure collective du théâtre.
Enfin, forts de tous ces échanges, les élèves ont sollicité les conseils de l’artiste pour la conception de la Tarasque, le monstre de leur spectacle scolaire prévu en février. Valérie Lesort s’est prêtée à l’exercice avec enthousiasme et a partagé ses coordonnées avec leur institutrice afin de suivre l’avancée du projet. Une collaboration prometteuse… à suivre !
PRESSE :
La Provence – 19 janvier 2026