75 élèves : 3 classes de troisième, accompagnées par 1 professeure documentaliste, le proviseur et les professeurs principaux
Dans le cadre du partenariat entre Un Artiste à l’école et l’Académie des César, Aymeric Devoldère, lauréat du César du meilleur son pour Emilia Pérez, était de retour au Collège Marie Curie de Troyes. À son arrivée, le proviseur l’a chaleureusement accueilli, rappelant l’importance qu’avaient, à ses yeux, les projets culturels et artistiques comme ce dispositif, constituant un lien de cohésion sociale et une ouverture plus que précieuse pour les élèves.
Pour ouvrir la discussion avec les collégiens, Aymeric Devoldère a témoigné sa reconnaissance envers ce collège et ses enseignants. Il a gardé de ses quatre années dans cet établissement de formidables souvenirs et un excellent niveau scolaire, lui permettant de s’orienter vers un bac scientifique. Le monteur son a poursuivi en expliquant sa formation. À l’adolescence, ses envies de cinéma ont grandi, conjointement avec sa passion pour la musique.
Mais c’est en tombant sur un article évoquant une école de cinéma que son projet professionnel s’est précisé. Pendant une année, il s’est préparé au concours d’entrée de Louis Lumière, planchant sur les mathématiques et la physique tout en étudiant le cinéma et la musique. À 19 ans, il y a été admis pour suivre un BTS, puis a enchaîné sur un cursus à la Fémis. Alliant alors son intérêt pour la musique et le cinéma, il s’est peu à peu orienté vers le son, s’initiant à l’enregistrement, au montage et au mixage.
Grâce à son réseau, constitué au cours de ses études et au fil des rencontres, Aymeric Devoldère a travaillé sur différents projets en tant que perchman et monteur son, en documentaire comme en fiction. Depuis une dizaine d’années, il a choisi de se consacrer au montage, l’étape qui le passionne le plus.
« Un film, c’est un objet très complexe à fabriquer. Cela fait intervenir plein de corps de métier »
La discussion s’est ensuite orientée sur la fabrication d’un film et la place qu’y tient le son. Pour les métiers du son au cinéma, il a distingué trois étapes : la prise de son lors du tournage, le montage son, où il intervient, et enfin le mixage.
Il a expliqué : « Mon travail, c’est d’explorer tout ce qui a été enregistré pendant le tournage. Une fois qu’on a récupéré et nettoyé la matière, je vais essayer de créer l’univers sonore. » Il travaille alors les ambiances, les effets sonores et les bruitages. « Au cinéma, tout est décomposé en couches et recréé », avant d’être mixé pour garder une cohérence à l’oreille.
Les élèves ont posé de nombreuses questions au monteur son sur Emilia Pérez, film qu’ils avaient étudié en classe. Certains se sont montrés curieux de son ressenti sur le film. Aymeric Devoldère a évoqué sa découverte du premier montage image et l’énergie générale de cette équipe : « La première fois que je l’ai vu, le film m’a ému (…) C’était une sacrée expérience. On avait la sensation de créer quelque chose de rare, un film assez singulier. »
D’autres collégiens avaient des interrogations autour des enjeux et difficultés techniques du film. Comme le film a été tourné en studio, le monteur son a dû recréer le Mexique d’un point de vue sonore, un travail plus que laborieux.
« Avec Jacques Audiard, on ne parle pas de son, on parle de mise en scène, on parle d’émotion, on parle d’histoire… »
Durant la discussion, Aymeric Devoldère a expliqué qu’il mettait ses compétences et son savoir-faire au service du réalisateur, pour accompagner sa vision. Il ne se considérait donc pas comme un artiste, mais se définissait plutôt comme un artisan.
Interrogé sur les avantages et inconvénients de son métier, Aymeric Devoldère a évoqué l’instabilité inhérente à son rythme de travail. Il ne sait jamais ce qu’il va faire dans les prochains mois, et alterne entre des périodes intenses et des moments de creux.
Néanmoins, le monteur a expliqué aux élèves le principe de l’intermittence du spectacle, qui lui apporte une sécurité financière.
« L’intermittence du spectacle est un statut unique au monde. C’est ce qui fait qu’on a un vivier artistique riche dans ce pays. »
A-t-il déjà songé à changer de carrière ? Aymeric Devoldère a répondu avec sincérité : « Pour aller vers ces métiers, il faut avoir une envie. Mais la réalité, c’est que c’est un travail. Selon les films, je suis plus ou moins motivé… Mais j’ai de la chance de pouvoir continuer à le faire. » Il n’y a pas de routine : chaque projet est différent, et c’est ce qui maintient son intérêt. Aujourd’hui encore, lorsqu’il voit certains films, il se dit qu’il aurait aimé travailler dessus.
Pour clore cette rencontre, les collégiens, plus qu’enthousiastes, ont eu la chance de tenir dans leurs mains le César d’Aymeric Devoldère.