50 élèves : 1 classe de 1ère et 1 classe de terminale encadrés par 1 professeure documentaliste et 1 professeure de français
Le scénariste Xavier Vairé a accepté avec enthousiasme la proposition d’Un Artiste à l’École de revenir dans son ancien établissement, le lycée de la Colinière à Nantes, pour rencontrer des élèves de première et de terminale. Ayant passé quatre années dans ce lycée, ce retour lui permettait de retrouver un lieu qui a marqué ses années de formation.
Connu pour son travail sur de nombreuses séries jeunesse telles que Oggy et les cafards, Zig et Sharko ou Soda, son univers était déjà familier aux élèves. En amont de la rencontre, leur professeur de français les a amenés à étudier sa biographie. L’échange s’est ouvert par des présentations collectives des lycéens, à la fois structurées et humoristiques, retraçant le parcours et la carrière de Xavier Vairé
Après avoir découvert le travail des élèves, le scénariste a lancé la discussion en revenant sur sa scolarité. Il leur a expliqué qu’à leur âge, il ne savait pas encore ce qu’il voulait faire plus tard et qu’il avait redoublé sa classe de première pour tenter un baccalauréat scientifique. Cette année supplémentaire lui a finalement permis de se rendre compte qu’il préférait suivre une terminale en sciences sociales.
À propos de ses résultats, il a plaisanté : « À l’époque, je faisais juste le minimum pour passer. Aujourd’hui, je ferais un peu plus attention et j’essaierais au moins d’avoir 11. » Après le lycée, il a choisi le droit, suivant l’exemple de sa grande sœur. « La faculté m’a beaucoup plu. Le lycée peut parfois sembler difficile, mais cela ne détermine en rien votre avenir : rien n’est écrit d’avance ».
Xavier Vairé est ensuite entré dans l’audiovisuel en tant que juriste dans une société de production, avant de devenir producteur exécutif. Un jour, la société cherchait de nouveaux scénaristes et il a décidé de tenter sa chance. « J’ai plaisanté avec mes collègues en disant que j’allais me présenter, ils m’ont mis au défi, alors j’ai passé mon week-end à écrire… et j’ai finalement été embauché ».
Un lycéen lui a demandé comment il avait su qu’il voulait faire ce métier. Xavier Vairé a expliqué que, déjà au lycée, il aimait faire rire ses amis et chercher le mot ou la blague juste. Il a également évoqué l’opportunité offerte par le lycée de la Colinière de côtoyer des élèves très différents, venant de filières sportives ou artistiques, même s’il n’en faisait pas partie. Selon lui, cette expérience a créé « un espace de liberté formidable » et a contribué à « développer une sensibilité artistique ».
Un autre élève lui a demandé quelles étaient ses sources d’inspiration pour écrire. Xavier Vairé a répondu que la vie elle-même était sa plus grande inspiration, et que c’est souvent pour cette raison que beaucoup de scénaristes « commencent sur le tard », une fois qu’ils ont plus de vécu. Il a encouragé les élèves à vivre plusieurs expériences et à rester curieux.
Les lycéens lui ont ensuite demandé combien il était rémunéré. Xavier Vairé a évoqué la réalité économique du métier :
« Seulement 1 pour cent des scénaristes gagnent plus de 100 000 € par an, et 70 pour cent gagnent moins de 70 000 € »
Ce qui oblige souvent les auteurs à exercer d’autres métiers, idéalement liés à l’audiovisuel. Il a expliqué le système de rémunération des scénaristes à la télévision, en détaillant qu’une part importante de leurs revenus provient de la diffusion des épisodes : « Chaque diffusion génère des revenus, un peu comme la SACEM pour la musique. Sauf que le temps de création d’une série est souvent d’au moins trois ans et que la rémunération arrive généralement six mois après la diffusion ». Il a souligné qu’il est important d’avoir toujours plusieurs projets en cours pour sécuriser un salaire, d’autant plus que certains n’aboutissent pas toujours. Il a réaffirmé qu’il se sentait chanceux de pouvoir vivre de sa passion depuis 15 ans.
Les échanges se sont ensuite tournés vers ses projets préférés. Xavier Vairé a expliqué la différence entre deux types de séries : les séries bouclées, qui peuvent se regarder dans le désordre, et les séries feuilletonnantes, où la chronologie permet de développer les personnages. Il a confié qu’il aimait écrire des séries feuilletonnantes pour pouvoir travailler en profondeur et explorer des arcs transformatifs.
Il a cependant rappelé le plaisir qu’il avait éprouvé sur un projet comme Soda, écrit, tourné et diffusé en quelques semaines : « On pouvait écrire une blague et l’entendre quelques jours plus tard reprise dans la rue par les jeunes, et ça créait un vrai lien avec le public, c’était génial. »
Sentant la curiosité des élèves pour les coulisses des séries animées, il leur a présenté les différentes étapes de création de son dernier projet, l’adaptation de La Quête d’Ewilan. Il leur a montré une bible, document central regroupant l’ensemble des informations sur la série, ainsi que des animatiques, versions préliminaires d’épisodes. Cette présentation a permis d’illustrer la diversité des métiers impliqués dans la création d’une série animée. Il a conseillé aux élèves intéressés de consulter des making-of de séries comme Arcane pour mieux comprendre le processus de développement.
Le scénariste a également souligné l’importance du travail documentaire dans son métier. Sur la série policière Unité 42, il a travaillé sur un arc portant sur le monde de l’e-sport :
« Tout comme les journalistes, les scénaristes doivent rendre compte de la réalité et la rendre accessible. Cela implique de se documenter sur le sujet que l’on souhaite traiter, que ce soit pour le langage des personnages ou pour la découverte d’un univers »
Enfin, Xavier Vairé a présenté un projet réalisé par des élèves d’école d’animation pour montrer comment de jeunes créateurs pouvaient s’approprier les outils expliqués lors de l’échange. Une animatique racontant l’aventure d’une grand-mère et de son petit-fils illustrait parfaitement son idée selon laquelle « être scénariste, c’est avant tout transmettre des émotions ».