Vincent Hazard
Scénariste, réalisateur
Lycée des Fontenelles, Louviers (27)
14 mars 2024
Utilisez les contraintes comme des forces

65 élèves / 2nd , 1ère générale et 3 élèves de l’atelier de cinéma/ encadrés par une professeure d’histoire et une professeure de lettres

C’est avec joie et une certaine émotion que le scénariste et réalisateur Vincent Hazard a répondu à notre invitation, pour venir échanger avec plus d’une soixantaine d’élèves dans son ancien établissement, au lycée des Fontenelles à Louviers (27). Des élèves de 2nd , de 1ère ainsi que certains lycéens de l’atelier cinéma ont participé à cet échange unique, dynamisé par un travail sérieux réalisé en amont par les élèves, encadrés par leurs professeures. Ce fut l’occasion d’explorer le parcours de l’artiste, ainsi que certaines de ses œuvres, notamment son podcast Strange Fruit (sur l’histoire de la fameuse chanson de Billy Holiday). Vincent Hazard a évoqué avec les élèves son quotidien en tant que scénariste et réalisateur, et développé les différentes facettes de ses métiers et le statut d’auteur, qui questionnent grandement le jeune public, curieux d’en apprendre plus sur l’artiste.

Ce retour aux sources a aussi permis à Vincent Hazard de revisiter les lieux de son enfance, dans lesquels, malgré les années écoulées, il n’a pas perdu ses repères. L’artiste a également pris son repas à la cantine scolaire, de quoi réveiller tous les sens et raviver des souvenirs dans l’enceinte de ces murs – pour une majorité – assez heureux. Après un passage dans son ancienne classe de français, un détour dans les couloirs du lycée et quelques anecdotes plus tard, la rencontre a eu lieu avec les lycéens impatients d’échanger et poser leurs questions à l’auteur. 

Vincent Hazard a introduit la rencontre par un rapide retour sur son parcours et son enfance dans ce petit village de Basse-Normandie, Louviers, où il est né. Il a expliqué aux élèves qu’il a été à leur place il y a bien longtemps maintenant, dans les années 90, de son collège au lycée. C’est avec honnêteté qu’il a partagé son émotion de revenir sur les lieux de sa jeunesse, marqués par des rencontres, des amitiés, des projets et des questionnements. Après un Bac scientifique, il s’est orienté vers une prépa scientifique, mais s’est vite rendu compte qu’il n’aimait pas la physique et ne voulait absolument pas devenir ingénieur. Il a raconté s’être alors réorienté pour suivre un cursus à Valenciennes dans les métiers techniques de l’audiovisuel et a débuté sa carrière en tant qu’ingénieur du son. En parallèle, il écrivait des scénarios de courts métrages, une activité qu’il a poursuivie jusqu’à vivre uniquement de l’écriture.

Puis ce fut au tour des élèves de prendre la parole sous les conseils bienveillants de l’artiste « Lancez-vous, il n’y a pas de question bête ». Les questionnements étaient variés, allant des sources d’inspiration de l’auteur, aux manières d’intégrer le monde de l’audiovisuel, en passant par les difficultés pour devenir scénariste puis dans l’exercice de son art. Les questions étaient toujours très pertinentes rendant cet échange très instructif.

Vincent Hasard a ensuite saisi la question « Qu’est-ce qui vous passionne dans ce métier ? » pour revenir sur les différents corps de métiers du secteur audiovisuel et les diverses formes qu’ils peuvent prendre. Il a expliqué aux élèves qu’il existe des métiers techniques et des métiers artistiques. Il y a des professions avec des horaires et des rémunérations fixes, tandis que d’autres métiers comme scénariste sont beaucoup moins stables, fluctuant selon les projets en cours, les rencontres ou encore les opportunités professionnelles. Ce qui plaît avant tout à l’artiste, c’est de raconter des histoires, même si cela n’a pas été tout de suite évident. S’ajoute à cela son amour pour ce milieu artistique « passionnant » et très stimulant. Il a décrit son environnement professionnel avec des personnes aux univers très différents, des rencontres incroyables et une certaine forme de liberté qui lui est chère : « tu peux prendre ta caméra aller faire des reportages à l’autre bout du monde comme bosser dans une chaîne locale toute ta vie et ça, c’est génial ! ».

Les élèves ont ensuite questionné l’artiste sur les difficultés pour intégrer le milieu de l’audiovisuel, quand on a “aucun contact et qu’on part de rien”. Vincent Hasard a alors prodigué ses conseils aux élèves, notamment sur l’importance de se construire un réseau. C’est avec sincérité que Vincent Hazard a confié que cela nécessitait du temps, de la patience et de la persévérance. « On commence souvent à galérer, on a des jobs en parallèle, on est l’assistant de quelqu’un, on fait plein de rencontres marquantes et importantes, avant de s’établir à son compte et pouvoir en vivre pleinement et plus confortablement. ». L’artiste a illustré son propos en prenant la métaphore de l’artisanat. Les métiers de l’audiovisuel requièrent un apprentissage sur le long terme et s’apprennent en grande partie sur le terrain. Il a tout de même rassuré les lycéens en leur affirmant qu’il n’existe pas un parcours de vie type qui mène à cet univers. Il a notamment partagé l’anecdote d’un homme qui s’est reconverti en tant que scénariste suite à sa libération d’incarcération. 

Les élèves ont ensuite interrogé l’auteur sur le processus d’écriture d’un scénario. Ce à quoi l’artiste a répondu : « raconter une histoire, tout le monde sait faire, c’est quasiment naturel mais concernant l’écriture, ce n’est pas une science exacte ». Vincent Hazard a alors fait un point théorique rapide sur les grandes bases pour écrire un scénario. Il a expliqué, qu’il y a certes, une structure précise et générale du scénario avec des outils et des clés indispensables à l’écriture (les différentes manières de retranscrire des émotions, l’utilisation agile des clichés dans la construction des personnages, les archétypes d’histoire, …) – MAIS – le jeu du scénariste est de réinventer ces schémas en se demandant « Qu’est-ce que moi, j’y ajoute pour que ce soit intéressant ? ». En dehors de la théorie et de la technique relatives à la structuration du scénario et de l’histoire, une partie très importante du travail se fait autour de la créativité et de l’intention artistique de l’auteur. Et cette partie est propre à chacun et dépend de son histoire, son parcours et ses sources d’inspiration. Il n’existe donc pas UNE seule manière de faire. 

Le scénariste et réalisateur a ensuite lancé sur le rétroprojecteur de la salle son court métrage Match, né à la suite d’un appel d’offres d’une fondation oeuvrant pour la réinsertion de personnes en situation de handicap et/ou victimes de gros accident au cours de leur vie. Il est revenu sur cette création audiovisuelle assez unique, notamment sur les contraintes qui lui ont été imposées. Il s’agissait d’une création particulière pour Vincent Hazard, car il était question d’un milieu spécifique avec des parcours de vies qui engageaient une dimension émotionnelle forte, et il n’était pas simple pour le scénariste et réalisateur de mettre cet univers en images. L’artiste a confié aux lycéens que ce court métrage, son écriture et sa mise en images étaient le fruit d’une longue réflexion. Mais c’est cette difficulté et la dimension émotionnelle du projet qui ont été de vrais facteurs stimulants pour Vincent Hazard. « À chaque fois que l’on travaille sur un projet, on en ressort quelque chose ». Il en a profité pour évoquer la contrainte dans certains processus créatifs, notamment en tant que scénariste. « Utilisez les contraintes comme des forces » leur a-t-il dit. En tant que scénariste et artiste de manière plus générale, nous n’avons pas toujours « carte blanche », ni même un budget illimité. Il a expliqué que souvent, l’artiste répond à des attentes précises et doit satisfaire toutes les parties prenantes de la création. Pour illustrer ses paroles, Vincent Hazard a repris des exemples de son court métrage qui venait d’être visionné, rendant très concrètes ses paroles auprès des élèves, intéressés d’en savoir plus sur les coulisses de l’écriture.

L’échange s’est poursuivi autour de son podcast Strange Fruit, qui a pour sujet la chanson de Billy Holiday, écouté par les élèves en amont. Ce fut l’occasion pour Vincent Hazard de présenter les différentes formes qu’un scénario peut prendre. En effet, l’auteur a expliqué aux élèves les spécificités de la création pour l’audio et les différences entre un scénario de podcast et celui d’un film ou d’une série. Dans le podcast, on ne travaille qu’avec du son, les clés de compréhension pour les auditeurs ne sont donc pas tout à fait les mêmes que pour une œuvre audiovisuelle. Comme il l’avait fait pour son court métrage Match, Vincent Hazard a repris et détaillé les différentes étapes de l’écriture d’un scénario de podcast, une par une, en les illustrant à travers l’exemple de Strange Fruit.

De l’idée à la conception du scénario jusqu’à l’enregistrement en studio, les élèves ont ainsi pu découvrir les arcanes et particularités de la création sonore et du podcast, un média de plus en plus en vogue.

L’échange s’est conclu sous les applaudissements des élèves, conquis par cette rencontre et désormais plus conscients et informés sur les métiers du secteur audiovisuel, et dont certains peut-être en envisageront les métiers. 

 

Presse

Paris Normandie – 18 mars 2024

La Dépêche de Louviers – 20 mars 2024