Ron Dyens
Producteur
Lycée Paul Lapie, Courbevoie (92)
27 nov.
« C’est une chance, une fierté et même plus encore un honneur d’avoir pu participer à la création de Flow et de pouvoir échanger mon expérience au lycée Paul Lapie de Courbevoie, «mon» lycée, dans le cadre du dispositif Un César à l’Ecole »

87 élèves : 1 classe de STMG et 1 classe de seconde et 1 classe de spécialité arts plastiques accompagnées par une professeure d’arts plastiques, un professeur de français et une professeure documentaliste

Jeudi 27 novembre, le producteur Ron Dyens est revenu sur les bancs du lycée Paul Lapie. Il était déjà retourné au sein de l’établissement en 2022, après avoir obtenu le César du Meilleur Court Métrage d’Animation pour L’Heure de l’Ours. Cette fois, il a retrouvé les élèves afin d’évoquer son parcours, son métier de producteur et sa dernière œuvre césarisée, Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau.

Dès son arrivée, il a tenu à mettre les lycéens à l’aise :
« Le plus difficile, c’est d’être le premier à lever la main. Alors on va commencer par un petit quizz : qui ici a vu Flow ? » Tous les lycéens ont levé la main. « Voilà, c’est fait maintenant, vous n’avez plus à avoir peur de poser vos questions. »

Il a ensuite ouvert la discussion en présentant son parcours appuyé par un diaporama dont la première slide affichait : « Avant Paul Lapie, je n’étais rien. » Il a expliqué qu’au collège il s’était souvent senti différent, passant son temps à dessiner et écrire, ce qui l’avait poussé à chercher un lycée avec une option arts plastiques :
« Je voulais rencontrer des gens qui, comme moi, avaient envie de créer. »

Après avoir obtenu un baccalauréat littéraire, option arts plastiques, il s’est inscrit à une université d’arts plastiques à Paris. Ne s’y sentant pas vraiment à sa place, il s’est réorienté vers une licence d’histoire, puis il est entré à l’école de communication du CELSA avant d’effectuer un second master en littérature comparée.

« Malgré tous ces diplômes, j’ai eu beaucoup de mal à trouver un travail. Et quand j’en trouvais un, je restais rarement, car je ne voyais pas d’intérêt dans le marketing ou la communication. »

Il s’est retrouvé sans emploi, vivant avec l’équivalent du RSA, plaisantant sur son statut « d’artiste maudit ». Une rencontre décisive a ensuite changé les choses : sa cousine l’a présenté à un producteur de courts métrages qui lui a promis de produire son film en échange de travail gratuit. Au bout d’un an, la promesse n’a pas été tenue, et il a quitté son poste. « Je suis redevenu artiste maudit », a-t-il ajouté en riant.

À la suite d’un cambriolage et d’un accident de voiture, il a perçu des indemnisations qui lui ont permis de créer sa propre société de production : Sacrebleu.

«Sacrebleu est pour moi un juron positif : il faut continuer d’avancer malgré les épreuves. »

A l’origine, il n’avait pas créé sa société pour produire des longs métrages, mais pour réaliser son premier court métrage, qui n’a pas trouvé son public. Son deuxième, en revanche, a été sélectionné dans plus de 150 festivals.

Le premier long métrage que Ron Dyens produit, Tout en haut du monde, est né d’une collaboration amicale :
« Des amis voulaient faire un long métrage et ne trouvaient pas de producteur. Je les ai aidés à écrire, puis ils m’ont demandé de produire le film ». Dix ans plus tard, l’œuvre est récompensée au Festival international du film d’animation d’Annecy.

L’artiste a ensuite évoqué les différents films qu’il a accompagnés et ce qu’ils lui ont appris. Il a notamment expliqué à quel point les bandes-annonces sont devenues essentielles à une époque où les spectateurs disposent de beaucoup d’informations sur une oeuvre avant d’aller au cinéma :


« Avec l’animation, le public cherche en général à être rassuré : aller voir un Pixar ou un animé japonais qu’il connaît. Nous voulions produire des films aux narrations différentes, offrir une véritable expérience. »

Il a ensuite détaillé le processus de création de Flow, son cinquième long métrage. Pour lui, le film s’est distingué en allant à contre-courant des tendances habituelles de l’animation, notamment parce que les animaux n’y sont pas anthropomorphisés et qu’il n’y a aucun dialogue.

« On a fait le contraire de ce qu’il “fallait” faire dans l’animation, et ça a marché. Pour moi, c’est un message de vie : aller au-delà des sentiers battus. »

Le film a remporté le César et l’Oscar du Meilleur Film d’Animation. Concernant les Oscars, le producteur a souligné que c’était un bouleversement pour l’industrie : Flow a coûté 3,5 millions d’euros alors que les gagnants de cette catégorie sont habituellement des projets à plusieurs centaines de millions.

Les élèves ont ensuite posé leurs questions. L’un d’eux a demandé pourquoi il s’était tourné vers l’animation : il a expliqué que ce domaine permettait d’amplifier la poésie des personnages. Un autre a voulu savoir s’il privilégiait la rentabilité dans ses choix. Ron Dyens a répondu avoir accompagné une centaine de courts métrages, un secteur très peu rentable, mais ce qui comptait avant tout pour lui était la rencontre humaine, l’échange autour du projet et, bien sûr, son originalité.

 « J’ai aussi choisi la production parce que les auteurs ont souvent le nez dans leur œuvre ; en m’éloignant de l’objet artistique, mon rôle est d’être le premier spectateur. »

De nombreuses questions ont concerné les coûts de fabrication et la rémunération des équipes. Il a rappelé qu’une minute d’animation coûte en moyenne 100 000 euros, a expliqué le fonctionnement du box-office, et précisé que les producteurs se rémunèrent surtout via la fabrication du film, rarement grâce aux recettes — d’où l’importance d’avoir plusieurs projets à différents stades.

Enfin, les lycéens se sont montrés très curieux de son parcours, en particulier de la manière dont il avait rebondi après ses périodes de chômage.

« Nos vies ne sont pas linéaires. On essaie de se construire, on connaît des échecs qui nous forgent : la position qu’on imagine avoir dans la société n’est pas forcément la bonne. On apprend à se constituer par les échecs, et ils rendent les réussites encore plus savoureuses. »

Après la rencontre, le producteur a découvert les œuvres que les élèves avaient créées en s’inspirant de la narration sans dialogue de Flow, en prenant le temps de donner des conseils à chacun. 

Crédit photo :  Vincent  Mottez pour l’Académie des César 2025