Raphaëlle Cambray
Comédienne et metteuse en scène
Collège Jean Moulin, Wattignies (59)
12 fév.

100 élèves : 4 classes de quatrième accompagnées par 3 professeurs de lettres et 1 professeure documentaliste.

Comme à l’époque, c’est accompagnée de son père, que Raphaëlle Cambray est arrivée au collège Jean Moulin à Wattignies. La metteuse en scène et comédienne est allée à la rencontre de quatre classes de quatrième lors de deux temps d’échanges d’une heure.

Un élève a ouvert la discussion en lui demandant pourquoi elle avait choisi de revenir dans son ancien établissement. Elle a expliqué qu’elle aimait rencontrer les jeunes pour leur montrer que tout est possible, et a ajouté avec humour : « Vous êtes très francs à cet âge, j’aime bien ça. » Elle s’est également souvenue de sa propre scolarité : « Quand j’étais à votre place, jamais je n’aurais pensé aller à Paris et exercer un métier où il n’y a pas beaucoup de portes d’entrée. Je suis très heureuse d’avoir un métier qui, d’une certaine façon, a été une surprise. »

C’est à l’école primaire qu’elle a découvert sa sensibilité artistique, grâce à l’enseignement musical approfondi proposé par l’école Lalo-Clément. Puis, au collège, n’ayant plus l’occasion de pratiquer la musique, elle s’est tournée vers la danse.

Après le lycée, ne sachant pas quelle voie choisir, elle s’est orientée vers une classe préparatoire littéraire à Paris. « C’était la première fois de ma vie que je n’avais pas d’activité artistique à côté des cours. Je me suis alors inscrite au théâtre, que je n’avais jamais pratiqué, et cela m’a tout de suite enthousiasmée. » Rapidement, elle a ressenti le besoin de quitter l’hypokhâgne pour se consacrer pleinement au théâtre et a annoncé sa décision à ses parents. « Mon père pensait que ce n’était qu’une activité extrascolaire, pas un vrai métier. Mais il m’a soutenue : il m’a dit que tant que je ramenais un diplôme, je pouvais faire ce que je voulais. » Elle a donc poursuivi ses études jusqu’à l’obtention d’une maîtrise d’histoire, tout en continuant à nourrir sa passion pour la scène.

En parallèle, elle a intégré une classe d’art dramatique au Conservatoire. À sa sortie, elle a proposé à des amis de former une troupe afin de créer leurs propres spectacles.

« Je me suis vite rendue compte que je n’avais aucun réseau dans le milieu : je venais de province et je n’avais pas d’argent. Il a donc fallu que je me crée mes propres opportunités, et la force du groupe a été déterminante. »

Interrogée sur ce qui la fascinait tant dans le théâtre, elle a évoqué le simple plaisir de « jouer » : jouer comme des enfants, explorer mille vies différentes, dont des existences impossibles dans le monde réel, passant un jour du rôle d’une reine à celui d’une jeune fille le lendemain. Elle a également expliqué la différence entre le travail au théâtre – un jeu continu pendant 1 h 30 – et celui à la télévision ou au cinéma, où seuls de très courts passages sont tournés chaque jour, avec de nombreuses prises et de longs moments d’attente.

Un autre élève s’est intéressé à la place de l’imagination dans le métier de metteuse en scène. Elle a détaillé la multitude de choix que ce métier impliquait : imaginer l’incarnation des personnages, choisir les décors et la musique, diriger les acteurs, comprendre leur psychologie pour les amener vers des zones parfois difficiles.

Les élèves ont également abordé le sujet du trac. La comédienne a répondu qu’elle avait eu la chance de ne pas avoir peur de parler en public, mais qu’il existait de nombreux exercices de relaxation et de travail vocal pour se préparer. À propos de la mémorisation des textes, elle a ajouté :

« On se dit souvent qu’on ne va jamais y arriver, mais la mémoire est comme un muscle il faut s’entraîner. Et quand on est impressionné, il faut commencer petit, par un mot, une phrase, un vers ».

Pendant deux heures, Raphaëlle Cambray a fait découvrir aux élèves la réalité de son métier, abordant sa rémunération, son emploi du temps, la durée des tournages et des répétitions, ses projets favoris, ainsi que le déroulement des auditions.

La discussion s’est ensuite concentrée sur son rôle actuel dans la pièce Du Charbon dans les veines de Jean-Philippe Daguerre. Les élèves, qui avaient visité une ancienne mine quelques jours plus tôt, avaient préparé plusieurs questions.

Ils lui ont d’abord demandé si la pièce s’apparentait à une tragédie, à l’image de Germinal de Zola. La comédienne leur a expliqué que, au contraire, la comédie y occupait une place importante : « Même si le travail à la mine est difficile, cela ne signifie pas qu’on n’est pas heureux, qu’on n’a pas de bons amis ou qu’on ne rit pas. »

Raphaëlle Cambray a confié que cette pièce avait une résonance toute particulière pour elle : « Ça raconte l’histoire d’une famille de mineurs dans les années 1960. Je n’ai pas eu de difficulté à préparer ce rôle, car c’est l’histoire de mes grands-parents et de mes arrière-grands-parents. Mon grand-père était mineur, et je joue en quelque sorte le rôle de ma grand-mère. »

Curieux, les collégiens l’ont également interrogée sur son ressenti lors de sa victoire au Molière du meilleur second rôle. Elle a partagé qu’elle était persuadée de perdre, à cause de la place qui lui avait été attribuée dans la salle : « Quand j’ai appris que j’avais gagné, j’étais très fière, mais pas seulement pour moi : c’était aussi une reconnaissance pour la pièce, pour mettre en lumière les habitants du Nord et les mineurs, qui sont peu représentés. »

Pour conclure, Raphaëlle Cambray a surtout tenu à encourager les élèves à suivre leurs envies et à ne pas se limiter :

« Ne gâchez pas votre temps, essayez de faire de faire des choses qui vous plaisent. Rêvez un maximum, imaginez tout ce qui pourrait rendre votre vie merveilleuse. »

PRESSE

La Voix du Nord – février 2026