Philippe Robinet
Editeur
Lycée Jacques Amyot, Auxerre (89)
22 janv.

50 élèves : 2 classes d’option Humanité, Littérature et Philosophie (HLP) accompagnées par leur proviseur et 2 enseignantes de lettres

Chaleureusement accueilli par l’équipe pédagogique du lycée Jacques Amyot, Philippe Robinet a retrouvé avec émotion et enthousiasme l’établissement de son adolescence. Il a ensuite rencontré les élèves de l’option Humanité, Littérature et Philosophie lors de deux temps d’échange d’une heure.

Le président-directeur général des éditions Calmann-Lévy a ouvert la discussion en revenant sur son parcours personnel.

« En venant du lycée Jacques-Amyot, on peut faire de très belles choses, comme travailler dans la culture et même intégrer une maison d’édition historique comme Calmann-Lévy. Je suis loin d’être un extraterrestre : à votre âge, comme beaucoup d’entre vous, je ne savais absolument pas ce que je voulais faire plus tard. »

Après l’obtention de son baccalauréat, il avait quitté Auxerre pour Dijon afin d’y suivre une licence de mathématiques, une voie qui ne lui avait finalement pas convenu. Il avait ensuite intégré l’Institut d’études politiques de Grenoble. Après un début de carrière dans les médias, c’est au fil des rencontres qu’il s’est progressivement tourné vers le monde de l’édition.

Philippe Robinet a ensuite présenté les éditions Calmann-Lévy, l’une des plus anciennes maisons d’édition françaises, fondée en 1836. Il a évoqué les grands auteurs publiés par la maison tels que Balzac, Flaubert, Hugo ou Stendhal, ainsi que les écrivains contemporains qui contribuent aujourd’hui à son rayonnement, parmi lesquels Guillaume Musso ou Pierre Lemaitre.

L’échange s’est poursuivi avec une question d’élève sur l’impact actuel et futur de l’intelligence artificielle sur les métiers de d’édition. Philippe Robinet a présenté l’IA comme un outil pouvant accompagner le travail éditorial, notamment pour obtenir rapidement une première approche de manuscrits étrangers. Il a toutefois insisté sur ses limites, rappelant que l’intelligence artificielle ne pouvait en aucun cas remplacer le travail d’un traducteur.
« Si je joue une sonate de Mozart ou de Beethoven au piano, cette œuvre sera très différente de celle interprétée par un grand pianiste.» a-t-il illustré avec humour.
Il a également évoqué l’exemple d’Edgar Allan Poe, dont la notoriété en France est largement liée au travail de traduction de Charles Baudelaire. C’est dans cette logique qu’il a expliqué avoir fait le choix, au sein de Calmann-Lévy, de valoriser le rôle des traducteurs en faisant figurer leur nom sur la couverture des ouvrages et en ajoutant leur biographie en quatrième de couverture :  « C’est aussi à nous, éditeurs, de ne pas nous résigner. »

Pour approfondir sa réflexion sur l’IA, Philippe Robinet a utilisé une autre métaphore :

« L’intelligence artificielle bat aujourd’hui n’importe quel grand maître aux échecs. En revanche, elle n’a jamais inventé une nouvelle ouverture. En littérature, c’est précisément cela que l’on cherche : l’ouverture. »

Le sujet du choix des manuscrits a ensuite été abordé. Philippe Robinet a interrogé les élèves sur le nombre de manuscrits reçus chaque année par Calmann-Lévy. Cent ? Mille ? Un million ? Il leur a révélé que la maison en recevait plus de 12 000 par an, pour seulement un à trois premiers romans publiés. Il a précisé que la maison publiait environ 90 livres par an, en incluant les auteurs déjà accompagnés ainsi que ceux directement sollicités.

Il a détaillé les différentes étapes de sélection des manuscrits : un premier tri écartait les genres non publiés par la maison, comme le théâtre ou la littérature jeunesse ; une large part des textes restants relevait davantage de la dénonciation d’injustice personnelle que du travail littéraire ; enfin, seuls les ouvrages en cohérence avec la ligne éditoriale et les valeurs de la maison étaient retenus. Il a rappelé que publier 90 titres par an représentait une part importante du marché du livre, notamment lors de la rentrée littéraire où paraissent moins de 500 ouvrages, et que ce choix permettait un véritable accompagnement des publications.

Un élève lui a alors demandé si la logique marketing ne prenait pas le pas sur l’art dans le métier d’éditeur. L’éditeur a expliqué que publier un livre en pensant qu’il allait se vendre ne fonctionnait presque jamais. 

Revenant sur la dimension économique du métier, il a assumé le fait que Calmann-Lévy restait une entreprise confrontée à des enjeux financiers, notamment pour assurer une juste rémunération de ses salariés. Il en a profité pour présenter les coulisses de la chaîne du livre :


« Il existe une très grande diversité de métiers dans la fabrication d’un livre, issus de formations et de parcours très différents. »

Il a détaillé les métiers de l’édition (éditeur, assistant d’édition, correcteur, relecteur, graphiste, illustrateur), mais aussi ceux de la diffusion, du commerce, du transport, du juridique, ainsi que les métiers de la mémoire du livre, tels que la médiation et la conservation.

Interrogé plus spécifiquement sur l’accompagnement des auteurs, Philippe Robinet a rappelé que le travail d’écrivain était solitaire et que le rôle de l’éditeur consistait à apporter un regard extérieur sur son oeuvre:  « L’éditeur aide l’écrivain à comprendre la différence entre ce qu’il croit avoir écrit et ce qu’il a réellement écrit. »

Il a insisté sur la dimension profondément humaine de ce métier : « Chaque rencontre avec un auteur est une rencontre avec une humanité. Quelqu’un qui vous confie une part de lui-même. C’est en cela que ce métier est si beau. » Pour conclure, Philippe Robinet a encouragé les élèves à ne pas s’autocensurer :

« Le monde de la culture peut sembler lointain et fermé, mais il y a de la place pour vous et vous êtes légitimes. Je ne crois pas au dicton “quand on veut, on peut”. En revanche, des occasions se présentent dans la vie et il faut savoir les saisir. Il n’y a pas de fatalité : l’essentiel est d’être en accord avec ce que vous voulez vraiment faire. »

Il a enfin rappelé la chance que représentait, à Auxerre, la présence de nombreuses librairies et l’accès facilité aux livres, invitant les élèves à cultiver leur curiosité.

 

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