Patrick Sigwalt
Compositeur
Lycée Chaptal, Paris (75)
8 déc.
« Revenir dans une école ( dans laquelle je n’ai pas brillé ) pour partager mon expérience du temps que l’on peut perdre et de celui que l’on peut gagner quand on est un artiste m’enthousiaste »

35 élèves : 1 classe de terminale accompagnée par 1 professeure de philosophie et un professeur documentaliste

De retour au lycée Chaptal, Patrick Sigwalt a affiché un enthousiasme évident à l’idée d’échanger avec les élèves. Dès son arrivée devant la classe de terminale, il a expliqué pourquoi il avait tenu à revenir dans cet établissement :

« J’étais un cancre quand j’étais élève ici, et c’est précisément pour ça que j’ai choisi d’y revenir. »

Son parcours vers l’industrie musicale a été tout sauf linéaire. Sa mère, pianiste amateure, lui a fait commencer le piano à trois ans. Mais, arrivé à Chaptal au collège, il n’a pas trouvé de sens à ce qu’on lui enseignait et a redoublé sa cinquième. Au lycée, ses résultats se sont améliorés, mais sa passion pour la musique a pris rapidement le dessus.

« J’ai préféré donner un concert avec mon groupe plutôt que de passer mon bac, qui tombait le même jour », a-t-il raconté en souriant. Sa mère, espérant qu’il reprenne un jour son cabinet d’avocat, l’a encouragé à entreprendre des études de droit. Le destin semblait tracé… jusqu’au moment où il a annoncé vouloir faire de la musique.
« Mes parents m’ont dit que c’était impossible. Mais cette désobéissance, c’est mon passage à Chaptal qui me l’a donnée. Ce temps m’a permis de comprendre ce que je voulais — et ne voulais pas — faire. »

Pour se prouver à lui-même, et à sa famille, qu’il en était capable, il a finalement suivi des études d’ingénieur. Après son diplôme, il a cherché des stages dans des studios d’enregistrement. Il a décroché un emploi non rémunéré et a passé plusieurs mois à effectuer toutes sortes de tâches : peinture, accueil, cafés… Le soir, il apprenait seul au studio. Jusqu’au jour où, l’ingénieur du son étant malade, il a proposé d’assurer l’enregistrement. C’est ainsi qu’il est entré véritablement dans le monde de la musique.

Interrogé par un élève sur ce que Chaptal lui a apporté, le président de la Sacem a répondu que cette période lui a montré qu’on peut un temps se détacher d’un système qui ne nous convient pas, sans que cela empêche de s’y intéresser plus tard.


« Ce que j’ai retenu, c’est qu’il faut apprendre un maximum de l’école, de son entourage, de ses parents… et qu’une fois qu’on a fait tout cela, il faut aussi apprendre à désobéir, à suivre son ressenti. »

Accompagnés de leur professeure de philosophie, les élèves ont particulièrement questionné l’artiste sur la place de l’art dans la société. À la question de savoir si sa musique est politique, il a répondu sans hésiter : « Tout est politique, et la musique aussi. Pour moi, la seule chose qui définit vraiment un peuple, c’est son Art. Dès lors que les artistes sont mis de côté, tout se délite — et c’est ce qui est en train de se passer. »

Selon lui, un artiste est quelqu’un dont on ne peut pas prédire les actions, qui peut le rendre difficile à intégrer dans un système — un parallèle évident avec son propre parcours scolaire.

Sur l’évolution de sa musique, il a noté qu’elle était devenue plus sincère, plus dépouillée. À ses débuts, il tentait d’imiter les musiciens qu’il admirait ; aujourd’hui, il a compris que la force de sa musique résidait dans sa personnalité. Il a cité l’exemple de ses premières années dans la publicité : il proposait toujours trois morceaux, deux dans le brief, un plus personnel… « et c’était toujours le troisième qui était choisi. »

Son conseil aux élèves :

« Faites ce que vous ressentez. Soyez tellement vous-mêmes que votre voix devienne irremplaçable. Quand vous êtes en accord avec vous-même, ce que vous faites vous correspond forcément. »

Interrogé sur la musique actuelle, Patrick Sigwalt a confié apprécier le rap. Mais en parcourant le classement des artistes français de l’année, il a regretté l’absence totale de femmes et la baisse de la diversité musicale. La conversation s’est alors orientée vers les plateformes de streaming, la rémunération des artistes et le rôle de la Sacem.

Président de la société de répartition des droits des auteurs compositeurs depuis 2021, il est revenu pour les élèves sur l’histoire de la création de cette institution, rappelé son objectif non lucratif et détaillé le fonctionnement de la répartition des droits, fondamentale à la rémunération des artistes : l’identification précise des acteurs impliqués dans chaque écoute, la transparence des données, et la manière dont la Sacem est devenue le plus grand organisme de gestion collective des droits d’auteur au monde.

Plus tôt, un élève lui avait demandé ce qu’il aurait fait s’il n’avait pas choisi la musique. Sa réponse : la Sacem a été sa seconde vocation, défendre la culture et la transmettre.

Le sujet de l’intelligence artificielle s’est ensuite imposé. Le compositeur a rappelé que la loi protège uniquement les œuvres humaines, ayant un contenu et reflétant la personnalité de leur auteur. Il a pris son propre travail comme exemple : sa musique est nourrie de ses influences, de tout ce qu’il aime écouter, inscrite dans une histoire musicale — contrairement à l’IA, qui analyse des milliers de titres en quelques secondes. Il a ajouté cependant que l’IA peut être un outil précieux, à condition de savoir s’en servir.

Patrick Sigwalt a évoqué également le quotidien de son métier : le choix de ses projets, ses relations avec les réalisateurs et scénaristes, l’organisation de son calendrier ou encore ses collaborations préférées.

Pour conclure la rencontre, une élève lui a demandé s’il accepterait de composer une nouvelle sonnerie pour le lycée. La question a fait sourire l’artiste : « Si votre établissement le souhaite, ce serait avec joie. Une jolie manière de laisser ma marque. ». Une idée qui a enchanté la classe… et qui pourrait bien se concrétiser.