103 élèves : Au collège, une classe de cinquième accompagnée par 1 professeure de français et 1 professeure documentaliste. À l’école, 1 classe de CP, une classe de CP/CE1 et une classe de CM1 accompagnées par 4 professeurs des écoles.
La 14e édition d’Un Artiste à l’École s’est clôturée en beauté avec le retour de Marie Pommepuy sur les traces de sa jeunesse en Bretagne. Avec l’envie de transmettre à son tour aux futures générations, l’illustratrice et autrice de bandes dessinées s’est rendue à la fois au Collège-Lycée de l’Harteloire à Brest, où elle a été scolarisée jusqu’à son baccalauréat, et à l’école Anita Conti à Plouzané, ville où elle a grandi.
La première rencontre s’est déroulée dans le CDI du collège avec une classe de cinquième, qui avait étudié ses œuvres, notamment De capes et de mots et la série Foudroyants. Marie Pommepuy a amorcé la discussion en parlant de son parcours vers son métier d’illustratrice. Passionnée de dessin depuis son plus jeune âge, elle n’aimait pas particulièrement l’école. Elle suivait des cours de dessin aux beaux-arts de Brest comme activité extrascolaire et a passé l’option arts plastiques en candidat libre pour son baccalauréat. Animée par l’envie de rejoindre Paris pour y faire ses études, elle a quitté Brest pour suivre une formation en arts appliqués et graphisme puis en illustration médicale, afin d’y perfectionner sa technique.
C’est au cours de son cursus qu’elle a rencontré son mari. Ensemble ils ont fondé le duo artistique Kerascoët qui s’est rapidement tourné vers la BD. Ce choix a été assez naturel pour elle, comme elle l’a dit : « mon trait de dessin s’y prête ». L’artiste a expliqué aux élèves s’être lancée par le biais des concours, n’ayant pas de réseau. Ils en ont gagné un premier, remportant du matériel de dessin, puis un deuxième auprès d’un éditeur, leur permettant d’être publiés.
« Les métiers artistiques, ça fait très peur. Mes parents n’étaient pas dans ce monde-là. Le démarrage est difficile car c’est le temps de se faire connaître. J’ai fait de la publicité, de la BD, du dessin animé. Maintenant je fais ce que j’aime et je peux choisir. »
Les élèves l’ont questionnée sur sa méthode de travail. Elle a commencé par expliquer que, bien qu’elle travaillait en duo avec son partenaire Sébastien Cosset, chacun avait ses points forts, autant dans le dessin que dans la gestion de leur activité professionnelle. En effet, Marie Pommepuy a davantage tendance à dessiner les personnages quand son acolyte, ayant une formation plus tournée vers l’architecture, se concentre sur les décors – bien que l’un comme l’autre sache tout faire ! Quant à leur inspiration, elle a indiqué qu’ils se documentaient assez peu et préféraient faire appel à leur imagination pour se lancer directement sur la feuille.
« On travaille ensemble pour partager les succès et les échecs. C’est difficile de durer et d’affronter les hauts et les bas. On avance ensemble. »
Les collégiens lui ont finalement posé plusieurs questions sur son quotidien d’illustratrice de BD. Qu’est-ce qu’elle aime le plus dans son travail ? Pour elle, c’est le fait de pouvoir vivre de sa passion tout en travaillant depuis chez elle, sans avoir de patron. Elle avance au gré des rencontres et des opportunités, préférant le travail en équipe et rejetant l’idée très française de la sacralisation de l’auteur.
Quelle est sa BD préférée ? Elle a avoué aux élèves ne pas être une grande lectrice de BD et préférer les romans ou le cinéma, qui est une de ses grandes passions. Quant à ses publications, elle a affirmé aux élèves qu’elle ne relisait jamais ses propres albums :
« Une fois que le livre est fini, je ne l’ouvre plus jamais. Ce qui m’intéresse, c’est le moment où je le fais. Après ça ne m’appartient plus, c’est pour les lecteurs. »
Enfin, les élèves étaient curieux de connaître ses souvenirs dans cet établissement.
Elle a souhaité être transparente avec eux en évoquant son rapport difficile avec l’école, notamment après avoir été témoin puis victime de harcèlement au cours de sa scolarité. Ces expériences l’ont profondément marquée. Elle a pu les retranscrire plus tard dans certaines de ses œuvres, comme dans une commande de livre jeunesse aux États-Unis, Je marche avec Vanessa, qui traite de l’exclusion et de la réaction à adopter face aux dynamiques de harcèlement. Elle a tout de même ajouté que, lorsqu’elle est arrivée au lycée, elle a trouvé des camarades ayant les mêmes centres d’intérêts artistiques qu’elle, ce qui lui a permis de s’épanouir davantage.
Marie Pommepuy s’est ensuite rendue à l’école primaire Anita Conti à Plouzané pour y rencontrer plusieurs classes. Elle a commencé par la classe de CP qui avait préparé des dessins tirés de Nunuche, affichés sur la porte pour l’accueillir, avant de rencontrer une classe de CP/CE1. Tous lui avaient préparé des questions à propos de sa vie de dessinatrice afin de nourrir leur discussion. Elle a par exemple expliqué ses différentes techniques de dessin : le fait qu’elle partage avec son mari un trait particulier, assez ouvert, qui les démarque, son travail au crayon, à la plume et à l’aquarelle, avec une table lumineuse, sans ordinateur.
« Mon style, je ne saurais pas dire ce que c’est, ça arrive malgré soi. J’essaye d’être le plus naturelle possible. L’identité vient petit à petit au fil des livres. ».
Elle s’est rappelée avoir commencé à dessiner et à lire à l’école primaire, car elle n’avait pas la télé chez elle, comme moyen pour ne pas s’ennuyer. Elle a raconté aux élèves que, lorsqu’elle était à leur place, un illustrateur reconnu, PEF, était venu dans sa classe pour leur parler de son métier. Ce fut pour elle une révélation : il était possible de vivre de sa passion et de suivre une carrière différente de son entourage.
« J’ai des souvenirs de m’être démarquée avec le dessin et ça m’avait aidée car je n’aimais pas aller à l’école. »
Elle a présenté plus en détail aux écoliers son travail de préparation pour les dessins animés. Beaucoup d’entre eux avaient vu les films en question, Migration et Jumpers, ce qui les a impressionnés. Marie Pommepuy leur a alors expliqué son rôle dans le processus de création du dessin animé. Pixar a fait appel au duo Kerascoët afin de faire des dessins pour amorcer le projet dans le but de donner des pistes d’inspiration aux dessinateurs et animateurs sur l’ambiance, les décors et les personnages. Ils partaient de rien et réfléchissaient pour créer une atmosphère, reprise ou non par le studio, jusqu’à la version finale pouvant sortir des années après.
Une classe de CM1, qui avait été sensibilisée à l’usage de l’IA plus tôt dans la semaine, l’a questionnée sur son usage de l’IA dans sa pratique artistique. Pour elle, il s’agit d’une arnaque. Elle a expliqué : « Je n’ai jamais vu quelque chose de convaincant avec de l’IA. Ce qui est intéressant, c’est qu’on voit ma personnalité dans mes dessins et que personne ne puisse faire comme moi. »
Forte de ces riches discussions, la journée de rencontres s’est achevée sur des mots encourageants de la part de l’artiste :
« Ce qui est important, c’est d’être curieux et passionné pour faire un métier qu’on aime. »