Hugues Anhès
Artiste visuel, photographe
Lycée Corvisart-Tolbiac, Paris (75)
24 sept.
« Revenir dans le lycée professionnel Corvisart-Tolbiac, c'est l'occasion de porter un regard rétrospectif sur un lieu qui a marqué une étape importante dans mon parcours. Je suis curieux des échanges qui auront lieu avec la nouvelle génération d'étudiant•e, d'en savoir plus sur leurs pratiques, leurs visions, et comment iels se projettent dans le monde de la culture. »

80 ÉLÈVES DE PREMIÈRE ET DEUXIÈME ANNÉE DE CAP SÉRIGRAPHIE ET DE CAP ARTS DE LA RELIURE, DE BMA RELIURE DORURE ET DE BMA SIGNALÉTIQUE DÉCOR, ACCOMPAGNÉS PAR UNE PROFESSEURE D’ARTS APPLIQUÉS.

Pour la première rencontre de la 15ᵉ édition du dispositif Un Artiste à l’École, c’est au Lycée Professionnel Corvisart-Tolbiac, à Paris, que l’artiste visuel et photographe Hugues Anhès a pu redécouvrir l’environnement de ses années de lycéen. Le retour sur ces années de liberté, point d’ancrage de sa pratique artistique, a été un moment d’émotion partagé avec les élèves, mais aussi avec plusieurs anciens professeurs qu’il a eu la surprise de croiser.

Malgré le temps écoulé depuis la fin de sa scolarité, l’établissement a conservé toute sa richesse et les particularités qui guident la pratique artistique d’Hugues Anhès depuis près de trente ans. Il a pu y partager son parcours et la diversité de son travail, avec des jeunes aux profils variés.

« Quand on était dans ce lycée, on aimait être là où on était, on aimait faire ce qu’on faisait, on passait notre temps à dessiner »

Pendant près de deux heures, Hugues Anhès et les élèves ont construit un véritable moment de partage et de transmission. L’artiste a d’abord retracé son parcours scolaire singulier : entré au lycée Corvisart sur concours à la fin des années 90, il rejoint ensuite la prépa des Beaux-Arts, qu’il intègre pendant deux ans sans finalement y trouver sa place. Il passe son baccalauréat à 24 ans, avant d’entrer à la prestigieuse école des Gobelins pour y développer ses compétences en photographie. L’artiste n’a pas manqué de souligner l’importance des rencontres dans la construction de son orientation professionnelle.

Au fil de ses découvertes de l’autre et de l’ailleurs, Hugues Anhès a orienté sa pratique artistique autour de la mise en lumière d’archives, de paroles et de mémoires effacées, pour y retranscrire des témoignages de vie. C’est dans cet esprit qu’il a présenté aux élèves son projet Affichez-Vous, d’abord développé dans son quartier natal du 18ᵉ arrondissement de Paris. Témoin des violences de rue et de la multiplication des rixes entre jeunes habitants, il y voit une occasion de proposer une réappropriation de la rue par l’art. En affichant leurs portraits, ses œuvres permettent à la jeunesse de marquer son territoire sans brutalité. Hugues Anhès a expliqué qu’il associait ses modèles à l’ensemble du processus de création, tout en respectant leurs envies et leur anonymat.

« À partir du moment où tu donnes la parole aux gens qu’on met en marge, l’engagement devient politique.»

Soucieux de remettre la matière au centre de son art, Hugues Anhès ajoute à la photographie des techniques de collage, de superposition de couches et de décollement volontaire, afin de créer des visuels uniques, laissant libre cours à l’interprétation et à l’imagination. Ces méthodes ont vivement suscité la curiosité des élèves, qui ont posé des questions sur ses choix de matériaux, du noir et blanc, ou encore sur ses prises de risques dans l’installation de ses fresques.

 

Ces échanges ont ouvert la discussion sur le statut d’artiste et ses évolutions, notamment sur la place de l’intelligence artificielle comme outil dans la pratique artistique. Ce moment riche a permis à Hugues Anhès de rappeler aux jeunes le pouvoir de l’intelligence humaine et l’importance de conjuguer les outils extérieurs avec leur propre singularité. Il a également abordé la question de la reconnaissance en tant qu’artiste : les adolescents l’ont interrogé sur les modalités de rémunération et sur le cadre légal nécessaire à son travail. L’occasion pour lui d’évoquer la professionnalisation de son art et les différentes structures qui la permettent comme les instituts culturels et les résidences artistiques à travers le monde.

« Tu es artiste à partir du moment où tu as une pratique artistique ou une vision artistique de la vie. »

Mais l’après-midi a aussi été l’occasion pour Hugues Anhès d’interroger les élèves sur leur place dans le monde, leurs envies et leurs inquiétudes. Ensemble, ils ont échangé sur le « syndrome de la page blanche », mais aussi sur les pistes d’avenir pour ces passionnés de covering, de signalétique ou de mangas.

Pour clore la rencontre, Hugues Anhès a invité les élèves à rester attentifs à la parole des autres et les a encouragés à préserver la solidarité qui se dégageait du groupe classe pour faire société.