120 élèves : Au lycée : 2 classes de seconde encadrées par 1 professeure de français et 1 professeure d’histoire géo. A l’école primaire : 2 classes de CM1/CM2 accompagnées par 2 institutrices
Françoise Henry, qui connaissait le dispositif Un Artiste à l’École et souhaitait depuis plusieurs années y participer, est retournée avec enthousiasme dans deux de ses anciens établissements scolaires de la ville de Pau afin d’y rencontrer les élèves.
Tout en préparant la sortie de son prochain livre, Comme un oiseau sans ailes, paru le 28 janvier, l’écrivaine a enchaîné deux interventions : l’une au lycée Louis Barthou, et l’autre à l’école Gaston Phoebus.
Très bien accueillie par l’équipe pédagogique et les lycéens, Françoise Henry a ouvert la séance au lycée Louis Barthou en évoquant son attachement à la ville de Pau ainsi que son parcours personnel et artistique.
« Je suis très émue de revenir dans l’établissement où j’ai passé le bac, je n’étais jamais revenue depuis. Dans le fond, j’aime aujourd’hui les mêmes choses que j’aimais très jeune, mais avec les années il faut se souvenir de ce qui nous plaît vraiment et ne pas le perdre de vue. »
Elle a expliqué avoir toujours écrit, aussi loin qu’elle s’en souvienne. Assez solitaire et timide, elle associait l’écriture à l’intimité, à la liberté et à un champ de possibilités infinies. « L’écrit me permettait d’exprimer tout ce que je ne pouvais pas dire. »
C’est à l’âge de 17 ans qu’elle partagea pour la première fois ses textes en s’inscrivant à un concours de poésie. Si elle ne l’a pas remporté, elle a néanmoins retenu l’attention d’un éditeur qui, trois ans plus tard, a publié son recueil de poésie. C’est ensuite dans sa vingtaine, que Françoise Henry présenta son premier roman à des maisons d’édition : un long processus de travail et d’échanges, puisqu’il a fallu près de dix ans pour que celui-ci voie finalement le jour.
« Je ne disais jamais que j’étais écrivaine, car pour moi ça ne faisait pas sens. J’écris comme je respire, et je ne dis pas pourtant que je respire, c’est pareil avec l’écriture. Cependant, la question du métier est importante car on ne peut gagner de l’argent qu’à partir du moment où l’on est publié, et être publié ne veut pas dire pouvoir en vivre. »
Elle a ainsi expliqué aux lycéens que seuls 5 % des auteurs vivaient de leur écriture, tandis que 95 % d’entre eux exerçaient une autre profession pour subvenir à leurs besoins. De son côté, Françoise Henry a travaillé au théâtre, à la radio et dans le doublage.
L’échange s’est poursuivi lorsqu’un élève lui a demandé s’il était plus facile d’être publié après un premier livre. Elle a répondu que, bien qu’elle ait eu la chance de publier ce mois-ci son treizième roman, il lui semblait aujourd’hui parfois plus facile de publier un premier livre qu’un second, les attentes étant alors plus élevées. « Le plus difficile dans le métier d’écrivain n’est pas forcément d’écrire un livre, mais de continuer et de réussir à aller au bout de ses histoires. »
À la demande des élèves, elle a ensuite détaillé les coulisses de la création d’un livre : les différentes étapes de l’édition ainsi que la rémunération des auteurs, précisant qu’ils touchaient seulement 10 % du prix de vente d’un ouvrage. La discussion s’est ensuite tournée vers ses inspirations et son processus d’écriture.
« L’inspiration, c’est avant tout une émotion et une indignation face au monde dans lequel on vit.»
L’artiste a expliqué aimer écrire sur les gens de l’ombre et chercher à comprendre comment, face à des possibilités infinies, chacun choisissait son destin. Son inspiration provient ainsi de la vie : des personnes qu’elle a rencontrées, de sa propre histoire et des injustices auxquelles elle a été confrontée.
La question des difficultés liées à l’écriture a alors été abordée. Françoise Henry a expliqué aux élèves qu’elle ne travaillait ni avec un brouillon ni avec un plan, mais en construisant ses romans scène par scène. Elle a ensuite présenté deux problématiques récurrentes, dont la première portait sur le point de vue narratif, notion déjà familière aux lycéens. Pour l’illustrer, elle a raconté avoir fini d’écrire Le Rêve de Martin et s’être rendue compte, à la fin de la dernière scène, que le point de vue choisi n’était pas le bon, ce qui l’a amenée à réécrire l’intégralité du livre.
La seconde difficulté portait sur la documentation. Elle a notamment évoqué l’écriture d’un roman historique sur la Résistance, un travail pour lequel il était facile de se laisser emporter par les recherches au détriment de l’écriture elle-même.
« L’écriture est un saut dans le vide, un vertige que seul le passage à l’action peut rationaliser. »
Elle a également évoqué une contrainte plus générale : celle du divertissement.
« Aujourd’hui, comment écrire est une véritable question, car tout est fait pour être constamment distrait, pour éviter le silence et la concentration. La durée d’écriture dépend aussi du temps dont on dispose pour écrire, lui-même lié aux ressources financières. La lutte pour le temps de l’écriture est constante et usante. »
Françoise Henry a ainsi souligné l’importance des résidences d’écriture pour les artistes. Ce thème a naturellement conduit à celui du temps de lecture et de la manière de retrouver l’envie de lire, en particulier chez les jeunes.
« La lecture permet une multiplication de l’existence, de vivre une histoire qui n’est pas la vôtre. Dans le livre, vous êtes acteurs et non passifs comme devant les images. Un livre, c’est une liberté, et c’est pour cela que c’est le premier à être mis en danger dans les régimes autoritaires. Lire, c’est choisir de ne pas se laisser faire.»
Le thème de la lecture comme voyage a également été le point de départ de la rencontre avec les élèves de primaire. Face aux CM1 et CM2, Françoise Henry a échangé autour de l’importance des livres, et les élèves ont évoqué une lecture récente : Le Buveur d’encre, l’histoire d’un vampire qui se nourrit de livres.
Très curieux, les élèves ont posé de nombreuses questions, notamment : « Avec quoi écrivez-vous ? » L’écrivaine a alors marqué son affection pour le stylo ou le crayon, symboles d’une liberté d’écriture accessible à tous dès l’école.
Elle a également partagé ses souvenirs d’école primaire, à une époque où filles et garçons étaient séparés et portaient un uniforme, un sujet qui a particulièrement intrigué les enfants.
Les professeures avaient travaillé avec les classes de CM1 et CM2 sur des extraits de Mémoire d’un oiseau. Les élèves se sont montrés très curieux de la thématique du livre et se sont interrogés sur le rêve de Françoise Henry de devenir un oiseau.
Elle leur a alors parlé de Pau et de son panorama, qui donne l’impression de pouvoir s’envoler vers les montagnes, mais aussi du rôle de la musique dans son écriture (thématique centrale du roman) : le rythme des sons et des mélodies accompagne ses textes et crée cette sensation de mouvement et de voyage.
Grâce à ce lien entre l’écriture et la musique, les élèves ont pu découvrir des œuvres musicales, comme Lettre à Élise, et comprendre comment un livre pouvait servir de tremplin pour nourrir la curiosité et élargir le champ des possibles.
Comme avec les lycéens, Françoise Henry a longuement échangé avec les élèves autour de la fabrication des livres, de son processus d’écriture, de son parcours, de ses inspirations et de la réalité de son métier.
Les deux rencontres se sont conclues par des échanges chaleureux entre Françoise Henry et les élèves. Certains ont confié qu’ils souhaitaient, eux aussi, se mettre à écrire dès leur retour à la maison, inspirés par cette expérience.