Brandon Masele
Danseur et chorégraphe
Lycée Guy de Maupassant, Colombes (92)
6 janv.
"Un dispositif que j'aurais adoré avoir étant lycéen"

108 élèves : 15 élèves de terminale STMG accompagnés, 22 élèves de terminale générale en spécialité EPPCS, 58 élèves de seconde, 13 élèves de seconde en option Arts Plastiques, accompagnés par 1 professeure documentaliste, 1 professeure de français, 1 professeure d’anglais, 1 professeur de mathématiques, 1 professeure d’arts plastiques, 1 professeur de EPPCS .

C’est sous la neige que le danseur et chorégraphe Brandon Masele est revenu dans son ancien établissement, le lycée Guy de Maupassant à Colombes, pour rencontrer une centaine d’élèves lors de deux temps d’échange d’une heure.

La rencontre s’est ouverte par la prise de parole d’un partenaire du dispositif, la Région Île-de-France, représenté par la conseillère régionale et déléguée spéciale à l’EAC, Madame Faten Hidri. Elle a rappelé combien la transmission se trouvait au cœur du programme Un Artiste à l’École : « Brandon Masele a été élève dans votre lycée, j’espère que cette rencontre vous inspirera et que, dans quelques années, ce sera à votre tour de revenir ici. »

Le danseur est d’abord revenu sur son parcours avant d’ouvrir le dialogue avec les élèves. Il a raconté avoir grandi à Colombes, au sein d’une famille congolaise, dans un environnement où la danse a toujours fait partie de son quotidien. À 13 ans, il a commencé à s’entraîner sérieusement en se consacrant à la danse électro. Entièrement autodidacte, il n’a suivi aucun cours : il a appris en observant, en expérimentant et en allant à la rencontre d’autres danseurs, construisant peu à peu son propre chemin.

En évoquant ces années de formation, un autre souvenir lui est revenu, plus tardif mais tout aussi déterminant : une journée portes ouvertes organisée lorsqu’il était en terminale.

« J’étais alors danseur amateur et je ne savais même pas qu’on pouvait vivre de la danse, ni même de l’art. J’ai cherché partout un artiste ou un professionnel de la culture à qui parler, mais il n’y avait personne. Je me suis senti perdu. C’est aussi pour ça que j’ai accepté de revenir aujourd’hui : pour que vous ne vous sentiez pas seuls. »

Quelques mois plus tard, en 2012, l’année de son baccalauréat, il a été sacré champion du monde de danse électro. Ce titre lui a fait prendre conscience qu’il voulait s’engager plus sérieusement dans cette voie. Faute d’opportunités immédiates, il s’est orienté vers un DUT Gestion logistique et transports à Argenteuil, tout en poursuivant la danse en parallèle. Il a notamment eu l’occasion de se produire au Théâtre national de Chaillot. Il a raconté : « Après le spectacle, mon grand frère est venu me voir et m’a dit : “Tu devrais peut-être devenir danseur professionnel, parce qu’en réalité tu l’es déjà. Arrête de faire le timide et lance-toi.” »

Ces mots ont provoqué un véritable déclic. Il a alors décidé d’arrêter son DUT et a passé plusieurs auditions, jusqu’à intégrer l’Académie Internationale de la Danse, formation gratuite. « Ça a permis à ma mère de se dire : “D’accord, il fait quelque chose de concret”, ça l’a rassurée. Et en parallèle des cours, j’ai cherché à entrer dans une compagnie. » À la fin de l’année 2013, il a finalement rejoint une compagnie et, à seulement 19 ans, il a commencé à vivre de la danse.

Depuis, il a multiplié les expériences : il a dansé dans la comédie musicale Résiste, a voyagé à travers le monde aux côtés d’artistes internationaux comme Christine and the Queens, a travaillé dans le milieu de la mode et a fondé en 2016, avec sa compagne, sa propre compagnie, Mazelfreten. Avec elle, il a créé plusieurs spectacles et a récemment été repéré pour chorégraphier la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’été de 2024.

Au fil des échanges, Brandon Masele est revenu sur la danse électro, qu’il a présentée comme un mouvement né dans les clubs parisiens, au cœur de la scène underground, dont la tecktonik a été l’une des formes les plus connues. S’il a commencé par ce style, il a expliqué que son parcours l’a ensuite amené à explorer d’autres univers. Il a rappelé que le métier de danseur s’est construit à travers les rencontres et les croisements artistiques – jazz, classique, hip-hop – notamment lors des résidences de création. « J’ai toujours voulu rendre hommage à l’électro, qui a été ma base. Mais aujourd’hui, quand je danse, j’ai développé mon propre style, nourri de toutes les influences que j’ai eu la chance de croiser. »

galement pris le temps de décrire les différents environnements dans lesquels un danseur peut évoluer : l’underground, animé par la passion et les battles mais avec peu de moyens ; le secteur commercial, entre tournées d’artistes et univers de la mode, où les budgets sont plus conséquents ; et enfin le champ de la création, parfois plus fragile économiquement mais offrant une grande liberté pour imaginer des spectacles et écrire des chorégraphies.

La question des revenus est alors venue naturellement. Le chorégraphe a tenu à préciser : « Je vis aujourd’hui de la danse, mais je ne l’ai jamais choisie pour l’argent. On m’a encouragé dans cette voie parce que c’était ma passion. Ma famille ne roulait pas sur l’or et je n’ai jamais dansé pour gagner de l’argent. J’ai eu la chance d’avoir un talent, mais j’ai surtout énormément travaillé. »

Il a également expliqué le statut d’intermittent du spectacle, « un statut unique au monde », qui permet aux artistes d’être rémunérés aussi pour leur temps de création.

« Je travaille tout le temps. Même sur le trajet pour venir ici, je pense à mes spectacles. Ce temps de réflexion fait partie intégrante de mon métier, et il est précieux. »

Il a aussi détaillé le rythme du spectacle vivant, les répétitions, le processus d’écriture chorégraphique, les tournées et la gestion d’une compagnie.

Très curieux, les lycéens l’ont aussi interrogé sur son travail pour la cérémonie des Jeux olympiques de Paris. L’artiste en a dévoilé les coulisses et a commenté la vidéo du show. Il a expliqué pourquoi il n’avait pas dansé ce jour-là : « Pour les JO, j’ai uniquement fait appel aux acteurs de la communauté électro. Nous avons voulu rassembler ceux qui ont souffert avec nous lorsque nous avons subi des critiques ; c’était une forme de revanche. Et je n’ai pas dansé parce que je devais encadrer cinquante danseurs. Après tout ce que j’ai vécu dans cette danse, j’ai voulu offrir quelque chose en retour, comme un cadeau : merci la danse, prenez-le. »

Enfin, Brandon Masele a encouragé les élèves à cultiver leur curiosité et à profiter des ressources culturelles de la ville :

« À Colombes, il y a la MJC, le conservatoire et des théâtres qui proposent des tarifs très réduits pour les jeunes. Il y a aussi des écoles de danse qui offrent des cours gratuits une fois par semaine. Selon ce qui vous intéresse, soyez curieux et allez voir ce qui se fait autour de chez vous. Profitez de la chance de vivre en région parisienne et d’avoir accès à de belles opportunités. »