Antoine Szymalka
Producteur
Lycée Paul Duez, Cambrai (59)
15 déc.
"Quand j'étais collégien/lycéen à Cambrai j'ignorais tout du monde du cinéma ou de la télévision, mais des rencontres déterminantes avec certains professeurs m'ont donné des outils essentiels pour réussir dans vie et dans les études. Je leur dois en partie la possibilité de faire de ma passion mon métier."

60 élèves de 2nd, 1ère et terminale encadrés par 1 professeure de français et option audiovisuelle.

Le lundi 15 décembre dernier, Antoine Szymalka est revenu sur les traces de son adolescence au lycée Paul Duez de Cambrai. Ancien élève de l’établissement, où il avait effectué ses années de collège et de lycée – tout comme ses frères – et où son père enseignait l’histoire à l’époque, le producteur a franchi le portail avec une émotion toute particulière.

Il a été accueilli par Mme Souche, professeure de lettres, qui l’avait connu lorsqu’il était élève. Elle lui a rappelé avec humour qu’en terminale, ce passionné de cinéma avait été très déçu de manquer d’une année la création de la section audiovisuelle de l’établissement.

Lors de sa rencontre avec les élèves, Antoine Szymalka a ouvert la discussion en se remémorant ses années de lycée :

« À l’époque, j’aurais aimé assister à une rencontre de ce genre, entendre que poursuivre un métier dans l’audiovisuel était possible. C’est pour cela que je suis ici aujourd’hui. »

Les lycéens l’ont alors interrogé sur son parcours. Il a expliqué que son intérêt pour le cinéma était déjà très présent à Paul Duez, une passion transmise par son père, amateur de westerns, et nourrie par des sorties scolaires au Palace, le cinéma de la ville, ainsi que par la médiathèque, où il empruntait des films dont il ne connaissait parfois que le nom du réalisateur.

À cette époque, il s’imaginait vaguement devenir critique de cinéma :« J’étais à mille lieues du monde du cinéma. Mes seuls accès étaient les cassettes et les journaux. La critique me semblait être la seule porte d’entrée possible. »

Son horizon s’est élargi grâce à un professeur de latin qui lui a fait découvrir La Fémis. Il a alors choisi d’y poursuivre des études dans la section production. À cette époque, le format de la série n’était pas encore pleinement reconnu ; il a néanmoins choisi de s’y intéresser, d’y consacrer son mémoire et d’en faire son domaine de spécialisation. Depuis, il a produit de nombreux projets salués par la critique et le public, parmi lesquels Irresponsable (OCS), Sentinelles ou Anaon.

Un temps d’échange s’est ensuite ouvert autour des formations permettant d’accéder aux métiers de l’audiovisuel. Bien qu’ayant suivi une école de cinéma, Antoine Szymalka a tenu à rassurer les élèves :
« Ce n’est pas parce que vous faites une formation en particulier que vous êtes enfermés dans une voie. L’intérêt principal des écoles, c’est surtout de rencontrer des gens qui veulent faire la même chose que vous, de créer un réseau. Mais ce n’est pas une fin en soi. Beaucoup de professionnels se sont formés sur le tas. Rien ne vous prédéfinit : il faut suivre ses envies et rester curieux. »

La question du rôle du producteur est alors naturellement apparue. Antoine Szymalka a commencé par renvoyer la question aux élèves :
« Selon vous, que fait un producteur ? »
Les élèves ont proposé différentes réponses : trouver des idées, participer à la création de l’œuvre, gérer le budget ou encore assurer la mise en scène.

Pour illustrer son métier, il a comparé un film à une entreprise : chaque projet est une petite structure éphémère, dont le producteur est le patron. De l’idée initiale – qu’elle vienne d’un scénariste ou de lui-même – au résultat final, de nombreuses étapes se succèdent : développement du projet, négociation des droits, recherche de financements, constitution des équipes artistiques et techniques, tournage, puis post-production jusqu’à la sortie. Une équipe peut ainsi passer d’une seule personne le premier jour, à plus de 150 durant les jours de tournage. Le producteur doit à la fois respecter le budget, accompagner le projet artistique, assurer de bonnes conditions de travail et veiller au respect du cadre légal.

Il a ensuite abordé un autre aspect essentiel de son métier : le travail de lecture et les échanges professionnels. Ces rencontres et ces discussions nourrissent sa réflexion, lui permettent de faire naître de nouvelles idées, de repérer des œuvres à adapter ou de découvrir des scénarios prometteurs. Il est revenu sur sa place dans le processus de création :

« Je suis au cœur de la machine artistique, mais je n’écris pas, je ne joue pas, je ne monte pas… Je ne mets pas les mains dans le cambouis, d’une certaine manière. »

Il a ainsi rappelé que la production est avant tout un métier d’accompagnement, où l’écoute, le dialogue et la psychologie occupent une place centrale.

Interrogé sur la question du salaire, Antoine Szymalka a expliqué que, contrairement au cinéma, le producteur de télévision n’est pas rémunéré en fonction du succès de l’œuvre, mais perçoit son salaire lors de la production du projet. Il a détaillé l’importance de rendre un scénario réalisable dans un budget donné, de réunir les financements et de trouver des solutions pour que le projet soit financièrement viable, tout en permettant au producteur de se rémunérer.

Cette réflexion l’a amené à évoquer la question de la stabilité du métier :
« Je suis salarié, mais si je ne tourne pas pendant un ou deux ans, il n’y a pas de revenus, seulement des charges. Ce n’est pas un métier stable, il faut s’accrocher. Mais c’est un métier de passion, et je me réveille chaque jour animé par ce que je fais. »

Antoine Szymalka en a également profité pour donner quelques conseils aux lycéens qui réaliseront bientôt leurs propres courts-métrages :
« Pour faire des films, il faut en regarder le plus possible, les analyser, comprendre comment ils sont construits… et surtout, identifier ce qui vous plaît. »

Il a enfin insisté sur l’importance de la curiosité dans les parcours artistiques :

« Se perdre dans sa curiosité est bien plus enrichissant que de suivre la ligne droite tracée par les algorithmes des plateformes. Explorer ce que l’on ne connaît pas peut ouvrir des voies insoupçonnées. »


Au-delà de l’art, il a encouragé les élèves à s’ouvrir aux autres et à partager leurs expériences, afin d’élargir le champ des possibles.