Stéphanie Dick
Designer
Lycée des pontonniers, Strasbourg (67)
11 fév.
Au fil des années j'ai vu des changements dans le monde s'accélérer au point de pouvoir faire douter de l'avenir, mais le bon côté de ma pratique d'écodesigner, c'est que je sais générer plus de solutions que je ne vois de problèmes. Alors j'aime bien échanger avec les jeunes pour leur transmette le fabuleux pouvoir de la créativité face à aux grands défis.

80 élèves : 2 classes de terminale du lycée accompagnées par une professeures de SES

De retour au lycée des Pontonniers, Stéphanie Dick a affiché un enthousiasme évident à l’idée d’échanger avec les élèves. Dès son arrivée face aux classes de terminale, elle a partagé son émotion en se retrouvant dans l’amphithéâtre de l’établissement :

« J’ai passé mon bac il y a 37 ans et je me souviens très bien être assise dans cette salle pour écouter des professionnels venir témoigner ; aujourd’hui, me retrouver à leur place me fait quelque chose. Imaginez revenir ici dans 20 ou 40 ans et demandez-vous : qu’aimeriez-vous incarner ? »

La rencontre s’est ensuite poursuivie par une présentation de l’artiste, afin d’expliquer son métier d’éco designer. Tout au long de son intervention, elle a évoqué son parcours, ses expériences et les projets qu’elle a menés.

Stéphanie Dick s’est d’abord souvenue qu’à leur âge, « elle n’avait aucune idée de quel serait [son] parcours ». Elle a confié qu’elle aimait déjà les activités créatives – notamment le textile et le tricot – tout en ayant des facilités en mathématiques : « Mes professeurs m’ont alors poussé à faire un baccalauréat scientifique, car c’était selon eux le mieux, je pensais alors que j’allais devoir faire des études d’ingénieur ».

Encouragée par ses parents à suivre ses propres aspirations, elle a finalement choisi, après le lycée, d’intégrer une école de mode. C’est au cours de cette formation qu’elle a découvert le modélisme : créer des patrons, faire des choix techniques et suivre la mise en production. Ce domaine lui a immédiatement plu.

À l’issue de ses études, l’artiste a commencé à travailler comme costumière dans le cirque et le théâtre. C’est ensuite presque par hasard qu’elle s’est tournée vers la conception d’objets :

« Un jour, j’ai trouvé un jouet en textile pour bébé qui m’a fait craquer. Je l’ai acheté, je l’ai posé chez moi, et je me suis dit que je voulais faire ça. J’ai rencontré une entreprise qui travaillait dans ce domaine et qui cherchait une designeuse, je me suis lancée. »

Elle a alors expliqué aux élèves en quoi consistait le métier de designer : « On distingue souvent les artistes qui font de l’Art, en exprimant leur personnalité et les designers qui mettent leur créativité au service de l’utilité ».  Stéphanie Dick a précisé qu’il existait aujourd’hui des designers dans de nombreux domaines – food design, design social, entre autres – et que leur rôle était de proposer des idées en synthétisant l’ensemble des contraintes qui les entouraient.

À l’époque, les jouets qu’elle concevait étaient fabriqués en Asie. La designer a raconté avoir beaucoup voyagé et avoir eu le sentiment de vivre une vie rêvée. Mais elle a aussi décrit une prise de conscience progressive : « je voyais les visages crispés des employés dans ces usines, ainsi que le système d’hyperconsommation, je ne pouvais plus continuer comme ça : en tant que designer j’étais actrice de ces conséquences. » Pour réorienter son activité, Stéphanie Dick a étudié les domaines dans lesquels elle pouvait avoir un impact :

« dès que je remarquais un problème dans le fonctionnement de la société de consommation, je le regardais de manière créative et je trouvais des dizaines de solutions différentes. »

L’artiste a vite compris que les solutions existaient déjà et qu’il fallait faire évoluer les mentalités, notamment celles de ses clients.

Elle s’est alors intéressée au cycle de vie des objets, et en particulier à leur fin de vie. La designer a présenté aux terminales les différentes façons de traiter les déchets et a souligné qu’un grand nombre d’objets se retrouvaient enfouis ou incinérés alors qu’en étant désassemblés, ils auraient pu être recyclés. Cette réflexion a mis en évidence la nécessité de passer d’une économie linéaire à une économie circulaire.

Rebondissant sur le sujet du tri, elle a demandé aux élèves qui triait ses déchets, notamment ses biodéchets ; plusieurs mains se sont levées. Désormais installée dans le Sud, elle les a félicités, tout en précisant que, dans sa nouvelle région, le tri restait encore peu pratiqué. C’est à partir de ce constat qu’elle a proposé son expertise aux collectivités territoriales afin de supprimer les bouteilles en plastique chez les commerçants.

En 2019 à Arles, a ainsi été lancé le Challenge Zéro Bouteille Plastique. Le projet a ensuite inspiré d’autres villes et la Région Sud a demandé à l’eco designer d’étendre l’expérimentation à d’autres secteurs, notamment aux festivals. En 2020, le Delta Festival a accueilli plus de 100 000 festivaliers sur les plages marseillaises sans proposer de bouteilles d’eau jetables. Par la suite, Stéphanie Dick a également accompagné des hôtels, des restaurants et des hôpitaux dans la réduction de leurs déchets.

Elle a confié que ses démarches suscitaient souvent des réactions sceptiques au départ mais les mentalités évoluent : « À chaque fois que je me présente, on me répond : c’est impossible de réduire nos poubelles, parce qu’on a intégré une société du jetable et pourtant, après notre travail, elles sont presque vides. »

L’artiste a expliqué avoir mené le même travail auprès d’usagers réticents au tri des biodéchets. En tant que designer, elle leur a proposé différents types de poubelles et a ajusté les solutions aux contraintes et aux attentes de chacun.

« Être designer devient passionnant, il faut penser des objets et des modes de consommation différemment. »

Afin d’illustrer une autre dimension de son métier, elle a présenté des sacs qu’elle a conçus à partir de tuyaux, un matériau habituellement peu recyclé car considéré comme non rentable. 

Enfin, Stéphanie Dick a tenu à adresser un message d’espoir aux lycéens : « On vous dit souvent qu’on vous laisse un monde en mauvais état et que vous devrez vous débrouiller. Je ne veux pas vous dire ça. Plus je travaille et découvre l’étendue des solutions possibles, moins je suis fataliste. Et la créativité est une des solutions. »

À l’issue de son intervention, plusieurs élèves sont venus la remercier d’avoir apporté des réponses à leur éco-anxiété.

Presse

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