Mathieu Palain
Journaliste et auteur
Collège Albert Camus, Ris-Orangis (91)
26 janv.

108 élèves : 2 classes de 4ème et 2 classes de 3ème accompagnées par 2 professeures de français.

Mathieu Palain, écrivain et journaliste, est revenu sur les lieux de son adolescence, au collège Albert Camus de Ris-Orangis. Ayant connu l’établissement lorsqu’il était encore en travaux, il a enfin pu en découvrir le résultat avec amusement. Il s’est ensuite rendu dans l’amphithéâtre pour deux rencontres de deux heures, au cours desquelles il a échangé avec une centaine de collégiens. Les élèves avaient, en amont, étudié avec leurs professeurs des extraits de ses livres, Sale Gosse et Ne t’arrête pas de courir.

Né à Ris-Orangis, le journaliste a ouvert la discussion en exprimant son attachement à la ville, qui constitue d’ailleurs le cadre du récit de son premier roman :

«Je vis aujourd’hui à Paris à cause de mon travail, mais Ris sera toujours ma véritable maison, là où j’ai tous mes souvenirs.»

Devant les collégiens, il se souvenait avoir été passionné de football à leur âge et espérait en vivre. Face à la difficulté d’atteindre cet objectif, il avait ensuite envisagé de devenir professeur d’éducation physique, attiré par l’idée de transmettre sa passion. Cependant, ses professeurs l’avaient découragé, lui expliquant que la concurrence était très forte. Progressivement, il s’est alors tourné vers le journalisme.

Il a présenté aux élèves les différentes formations existantes pour devenir journaliste, en soulignant leur caractère professionnalisant. Les étudiants sont rapidement confrontés au terrain et apprennent concrètement à écrire, filmer ou réaliser des chroniques, en fonction du domaine vers lequel ils souhaitent s’orienter : radio, télévision ou presse écrite. Diplômé de l’Institut pratique du journalisme, Mathieu Palain a débuté sa carrière au journal Libération. Après avoir collaboré avec plusieurs autres grands titres et réalisé des reportages aux quatre coins du monde, il a quitté la presse pour publier, à l’âge de 31 ans, son premier livre, Sale Gosse. Il est depuis l’auteur de trois autres romans et travaille actuellement à l’écriture d’un cinquième.

L’échange avec les élèves a débuté lorsqu’un d’entre eux lui a demandé pourquoi il avait accepté de revenir au collège.

«À votre âge, j’étais totalement déconnecté des livres, à mille lieues de tout ça. Je ne comprenais pas pourquoi on me faisait lire des auteurs morts, qui n’avaient aucun rapport avec la vie que je menais. J’aurais aimé rencontrer un auteur vivant, pour me dire que c’était possible, que ça existait vraiment. »

Un autre élève l’a ensuite interrogé sur sa situation actuelle, souhaitant savoir s’il se consacrait exclusivement à l’écriture ou s’il avait d’autres activités à côté. Mathieu Palain a expliqué avoir eu la chance que son premier roman rencontre un certain succès, tout en précisant qu’il reste généralement difficile de vivre uniquement de l’écriture. Il gagne aujourd’hui correctement sa vie et mène des projets en parallèle, en tant que journaliste mais aussi comme scénariste.

Il a alors proposé un exercice aux élèves en leur demandant d’estimer la part qu’un écrivain percevait sur un livre vendu 20 euros. 5 euros ? 10 euros ? 20 euros ? Il leur a ensuite révélé que la rémunération de l’auteur représentait en réalité environ 10 % du prix de vente, soit 2 euros par exemplaire dans ce cas précis. Il a détaillé qu’environ la moitié du prix revenait à l’éditeur, notamment pour rémunérer les correcteurs, graphistes et imprimeurs, tandis que le reste était partagé entre les transporteurs et les commerçants. Pour illustrer son propos, l’artiste a ajouté que la moyenne de vente d’un premier livre en France était d’environ 500 exemplaires, soit un revenu de 1 000 euros pour l’auteur (pour un livre vendu 20 euros).

L’échange s’est ensuite orienté vers ses centres d’intérêt. L’artiste ayant évoqué son attrait pour le sport, les collégiens lui ont alors demandé si l’écriture avait pris le relais et était devenue sa principale passion. Il a répondu :
« J’aime toujours autant le sport, l’écriture est venue bien plus tard : en devenant journaliste, je me suis mis à écrire tous les jours pour mon travail. Au début, je pense que je n’étais pas très bon, mais l’écriture est comme un muscle : plus on écrit, plus on progresse. »

Il a également précisé qu’il n’avait jamais vraiment écrit avant de devenir journaliste, ne tenant ni journal intime ni écrits personnels, montrant ainsi qu’il est possible de se lancer dans l’écriture à tout âge.

Le sujet de l’inspiration et du processus d’écriture est ensuite venu naturellement. Étant journaliste de formation, il a indiqué que, pour écrire, il avait toujours besoin de passer par le reportage. C’est en ce sens que ses récits relèvent souvent de la non-fiction. Concernant son style, il a affirmé ne pas chercher à plaire aux lecteurs mais avant tout à lui-même :
« Il faut que ça me plaise déjà à moi. J’essaie d’écrire dans une langue qui me parle. Je n’écris pas avec de jolis mots du dictionnaire car, au collège, c’est ce que je détestais : parler dans une langue qui n’est pas la mienne. »

Mathieu Palain a également confié ne pas avoir toujours apprécié la littérature. Ce n’est que plus tard, lorsqu’il a eu la liberté de choisir ses propres lectures, qu’il s’y est véritablement intéressé. Il a notamment évoqué son attachement à L’Attrape-cœurs de J. D. Salinger, rappelant ainsi qu’il existait de nombreux livres en dehors de ceux étudiés à l’école.

Interrogé sur sa scolarité, il a indiqué ne pas avoir obtenu d’excellents résultats, hormis certaines facilités en français. Fort de cette expérience, il a encouragé les élèves à ne pas laisser les adultes décider de leur avenir à leur place :

« Il n’y a pas besoin d’être bon scolairement pour chercher votre passion, trouver votre voie et vous investir pleinement dans ce qui vous intéresse. »

 Puis, après avoir longuement échangé autour des thèmes de ses livres, de ses reportages et de la réalité de son métier, un élève lui a finalement demandé s’il avait un conseil à leur donner.

« Le monde littéraire et la culture, en règle générale, peuvent donner l’impression d’être des milieux anciens et fermés. Mais sachez qu’en vivant à Ris-Orangis, vous avez une voix qui mérite d’être entendue. Écrivez ce que vous avez dans les tripes, pas ce que vous pensez qu’un écrivain devrait écrire, et parlez de ce que vous connaissez. »

Presse

Le Parisien Essonne – 27 janvier 2026
Actus Essonne – 27 janvier 2026