Valérie Schermann
Productrice
Établissement Saint-Joseph, Auxerre (89)
2 mars

36 élèves : 1 classe de seconde accompagnée par une professeure de mathématiques et une professeure documentaliste

Valérie Schermann était de retour dans son ancien établissement, le lycée Saint-Joseph à Auxerre, dans le cadre de l’opération Un César à l’école. En traversant cette cité scolaire, la productrice a retrouvé ses marques avec amusement. À l’époque, adolescente, elle n’envisageait pas une carrière dans le cinéma. Pourtant, aujourd’hui, elle multiplie les projets à succès, aussi bien en animation qu’en prise de vue réelle et, plus récemment, en 360°.  Son travail a été récompensé d’un César à deux reprises, pour Loulou en 2014 et pour Emilia Pérez en 2025.

Pour ouvrir cette rencontre, Valérie Schermann a insisté sur la diversité des métiers du cinéma : des agents artistiques aux directeurs de production, en passant par les comptables, les coiffeurs et maquilleurs, les costumiers, les machinistes, les assistants caméra, les preneurs de son, les monteurs, les étalonneurs, les animateurs 2D ou 3D…

« On ne connaît pas tous les métiers du cinéma », a-t-elle souligné, « Pourtant, il y a énormément de métiers qui demandent des compétences différentes ».

Poursuivant sur cette idée, elle a encouragé les élèves à ne pas se retenir dans leurs choix d’orientation. Le secteur culturel est vaste, il n’est pas nécessaire de se considérer “artiste” pour y trouver sa voie professionnelle. « À partir du moment où vous êtes attirés par la littérature, l’art, la musique, vous avez une sensibilité artistique », a-t-elle rappelé. Valérie Schermann a ensuite expliqué le rôle d’un producteur, métier qu’elle a appris en pratiquant.

« En tant que producteur, soit on vient nous voir pour nous proposer un projet, soit on va chercher un scénariste et un réalisateur avec une idée. »

Elle a ensuite détaillé les différentes étapes de production d’un film, de la préparation à la post-production. Un élève l’a questionnée sur ce qui fait un bon producteur. Elle a répondu qu’il fallait avoir des bases de droit, être bon en business et en chiffres, et « être très joueur parce que tu peux gagner ou tu peux perdre (…) Il y a une image du producteur qui est un peu fausse, ils ne sont pas forcément riches ! ». Pour elle, « c’est un talent qui se cultive mais qui ne s’invente pas ».

Au cours de la rencontre, Valérie Schermann est revenue sur son parcours, un chemin de vie impressionnant qui s’est forgé au travers des rencontres, toujours guidé par son énergie, sa curiosité et son envie de liberté.
Après son baccalauréat, alors qu’elle se destinait à faire une fac de droit, elle a eu l’opportunité de partir en Afrique. Désapprouvant son choix, ses parents ne l’ont pas soutenue financièrement, mais elle s’est débrouillée en faisant des petits boulots. Après cette expérience, elle est revenue à Paris où elle a continué à tester différents métiers. Attirée par le journalisme, elle a proposé à TF1 un reportage sur les systèmes scolaires dans le monde, avec un premier volet sur le Japon, qui a été un succès lors de sa diffusion. Elle a continué à travailler en tant que journaliste pendant quelques années, notamment au JT de 13 heures. 

Le hasard des rencontres l’a poussée vers une autre carrière : Valérie Schermann a rencontré des dessinateurs de BD et l’un d’entre eux lui a proposé d’être son agent. Au même moment, elle a réalisé un reportage pour la télévision sur Olga Horstig, agente et chercheuse de talents. Une rencontre qui l’a confortée dans son choix, comme un signe du destin. Elle s’est alors lancée en tant qu’agente, décrochant un contrat prestigieux : la mascotte des Jeux olympiques de Barcelone.

Elle a ensuite diversifié les projets, travaillant notamment sur des publicités en animation. À cette période, en dehors d’un film Disney à Noël, la proposition en animation était faible en France. Puis, le succès de Kirikou a ouvert la voie. Valérie Schermann a, petit à petit, suivi ce chemin, produisant U, Zarafa, la Tortue rouge, ou encore Peur(s) du noir. Amie de longue date de Jacques Audiard, ce dernier lui a proposé de collaborer sur ses films lorsqu’il a créé sa société de production. Ainsi, elle a travaillé sur Les Olympiades, Les Frères Sisters et Emilia Pérez.

Une élève l’a interrogée sur le film qu’elle avait préféré produire. « C’est souvent douloureux, une production… » a-t-elle précisé avec honnêteté. « Mais il y a aussi des grands moments de bonheur. Ce que j’aime en prise de vue réelle, c’est le visionnage des rushs. En cinéma d’animation, le moment incroyable, c’est lorsqu’on pose le son. »  La productrice a évoqué U, La Tortue rouge et Zarafa, film que certains jeunes affectionnaient particulièrement.

Plusieurs lycéens l’ont interrogée sur Emilia Perez : l’équipe, le tournage en studio, les enjeux du film. La productrice a expliqué qu’ils étaient une équipe d’environ 100 personnes, et qu’une des spécificités de ce projet était les 28 chansons à composer. « Tout ça, ça ne se fait pas sans travail. »

Un élève l’a interrogée sur son ressenti lors de la récompense de la cérémonie des César. « Ce n’est pas l’accomplissement d’une vie mais c’est la reconnaissance professionnelle. Il y a trois succès possibles : le public, la presse et les professionnels. (…) Et moi, ce que je préfère, c’est le succès public », a-t-elle confié.

Durant cet échange, Valérie Schermann en a profité pour donner quelques conseils aux lycéens qui souhaiteraient se lancer dans la production : être curieux du monde, aller dans des musées, développer des goûts éclectiques… Et savoir faire équipe avec empathie.

« S’il veut amener les gens avec lui, un bon producteur doit savoir réunir les bonnes personnes en même temps. »

La discussion s’est également tournée vers l’avenir de l’art. La productrice a soutenu que, aujourd’hui plus que jamais, les artistes doivent raconter avec engagement, qu’il ne faut pas tomber dans l’autocensure, quelle qu’elle soit. Et pour sa part, se voit-elle exercer ce métier encore longtemps ? Tant qu’elle a des idées, elle veut continuer, a-t-elle soutenu. Ce moment d’échange s’est clos sur le César apporté par Valérie Schermann, que les élèves ont pu tenir entre leurs mains.