60 élèves : 2 classes de seconde accompagnées par deux professeurs de français
Dans le cadre du partenariat entre l’Académie des César et le dispositif Un artiste à l’école, le producteur Ulysse Payet est revenu sur les traces de son adolescence au sein de la cité scolaire Saint-Exupéry à Lyon, où il a été scolarisé pendant plusieurs années, d’abord comme collégien puis comme lycéen.
Accueilli par le proviseur, ce retour a débuté par une visite de l’établissement, quelque peu transformé par des rénovations récentes et de nouvelles peintures. Le chef d’établissement en a profité pour faire découvrir à l’ancien élève certains lieux habituellement « interdits aux lycéens », comme le toit du bâtiment ou la salle des professeurs. Il a également ressorti de ses archives les anciens bulletins scolaires d’Ulysse Payet, un retour dans le temps pour le producteur.
Après cette plongée dans les souvenirs, Ulysse Payet est allé à la rencontre des lycéens. Ces derniers, encadrés par deux professeures de français, ont vu La ferme des Bertrand pour préparer l’échange. En classe, ils ont également travaillé sur la forme documentaire à travers des extraits de films de Raymond Depardon, et abordé la représentation de la campagne au cinéma avec Vingt Dieux de Louise Courvoisier.
Dès le début de la rencontre, une élève s’est interrogée sur la différence entre réalisateur et producteur. En s’appuyant sur cette question, Ulysse Payet a invité les lycéens à définir eux-mêmes le rôle d’un producteur. Certains ont évoqué l’aspect financier, sans grande précision. Pour la majorité des élèves, il s’agissait en effet d’un métier qu’ils connaissaient peu.
Ulysse Payet a alors expliqué : « Le réalisateur et le producteur sont les deux personnes qui restent du début à la fin du projet de film. Quand on parle de la production, c’est la fabrication d’un film ». Il a détaillé la manière dont il accompagne un film, aussi bien sur les plans logistique, créatif et financier.
« Le rôle du producteur est d’aller chercher l’argent pour rendre le film possible ».
En prenant pour exemple La Ferme des Bertrand, le producteur a décrit les différentes étapes de fabrication d’un film, de l’idée initiale à la sortie en salle et à la promotion, en passant par le développement et le tournage. Contrairement aux idées reçues, un documentaire nécessite lui aussi un scénario, même s’il « se passe des choses au tournage que l’on n’avait pas prévues… Il faut donc réinventer l’histoire et faire des choix ».
Un élève lui a demandé s’il était présent sur le tournage. Un producteur n’a pas réellement besoin d’être sur le tournage, mais Ulysse Payet est tout de même allé rencontrer la famille Bertrand par la suite. Il a ajouté qu’un plateau de tournage était une organisation particulièrement impressionnante à voir, où chacun avait un rôle précis dans l’équipe.
En janvier 2024, au moment de la sortie en salle de La Ferme des Bertrand, les agriculteurs manifestaient dans les rues. Les médias se sont alors emparés du film pour faire écho à cette actualité. Le documentaire a rencontré un important succès, totalisant environ 270 000 entrées. Gilles Perret a accompagné le film lors d’une grande tournée promotionnelle, ponctuée de nombreuses projections et rencontres avec le public.
Abordant la dimension politique du film, Ulysse Payet a expliqué que La Ferme des Bertrand proposait une image différente de l’agriculture par rapport à celle souvent relayée par les médias. Bien que le secteur connaisse toujours des difficultés, la nouvelle génération d’agriculteurs vit dans de meilleures conditions qu’auparavant, notamment grâce à la mécanisation qui allège le travail physique.
Un élève a interrogé le producteur sur son ressenti après l’obtention du César du Meilleur film documentaire. « C’était que du bonus », a-t-il répondu, « c’est la profession qui dit que tu as bien travaillé », et cette récompense permet également de mettre le film davantage en lumière.
Questionné sur son attrait pour le documentaire, Ulysse Payet a indiqué qu’il aimait particulièrement ce registre dont la production est généralement plus rapide qu’un projet de fiction. Mais, en termes de public potentiel, le documentaire connaît ses limites.
Interrogé sur ses choix de projets, il a expliqué que chaque producteur choisissait sa ligne, guidée avant tout par une question de désir :
« comme le travail est quelque chose qui prend beaucoup de temps, j’ai envie de produire des films qui apportent quelque chose, qui font bouger les gens ».
Ulysse Payet est ensuite revenu sur son parcours et son orientation professionnelle. Après un bac ES, il s’est dirigé vers une classe préparatoire puis une école de commerce. « Pas vraiment le parcours classique pour le cinéma », a-t-il reconnu. Pourtant, la curiosité et l’envie étaient déjà présentes :
« J’ai commencé à m’intéresser à comment fabriquer un film au lycée et cette idée est restée tout au long de mon parcours ».
À la sortie de ses études, il a d’abord travaillé dans une SOFICA, puis dans une société de distribution, avant de se tourner vers la production.
Aujourd’hui, Ulysse Payet a quitté son poste chez Elzevir Films pour monter sa société de production, bien qu’il collabore toujours avec son ancienne équipe sur des projets. Il repart donc avec moins de sécurité et de stabilité, mais privilégie une vision sur le long terme : « Je préfère perdre en salaire mais construire quelque chose qui me fait tellement plaisir, qui va s’inscrire dans la durée ». Il développe actuellement plusieurs projets, dont le prochain film de Gilles Perret.
Les élèves ont pu tenir dans leurs mains le précieux César qu’Ulysse Payet avait apporté pour l’occasion. Les questions se sont poursuivies jusqu’aux dernières minutes de la rencontre, avant que certains n’osent demander une photo avec le producteur pour garder un souvenir de ce moment.
PRESSE :
France 3 Rhône-Alpes – 12 décembre 2025
BFM Lyon– 12 décembre 2025
Radio Scoop – 15 décembre 2025