Thomas Jolly
Metteur en scène, comédien et directeur artistique
Lycée Jeanne d’Arc, Rouen (76)
6 fév.

100 élèves : 60 élèves de l’option et spécialité théâtre, 1 classe de STMG accompagnées par 2 professeures de théâtre.

Thomas Jolly, parrain de la 14ᵉ édition d’Un Artiste à l’École, n’a jamais vraiment quitté son ancien établissement, le Lycée Jeanne d’Arc à Rouen. Il y revient régulièrement pour rencontrer les élèves, fidèle à un lieu qui a profondément marqué son parcours. C’est en classe de première, à la suite d’une rencontre déterminante avec le metteur en scène Stanislas Nordey, qu’il a décidé de se consacrer pleinement au théâtre.

Accueilli chaleureusement par les élèves pour une visite du lycée, l’artiste s’est amusé à comparer ses souvenirs aux transformations actuelles de l’établissement.

Il s’est notamment réjoui de voir que les élèves de l’option théâtre disposent désormais d’une véritable salle de répétition, dotée d’une scène et de coulisses, loin de la cantine où il répétait autrefois. Après ce retour sur les traces de son adolescence, il a rejoint l’amphithéâtre où près d’une centaine de lycéens l’attendaient pour échanger avec lui.

Avant d’ouvrir la discussion, la professeure de théâtre qui accompagnait la rencontre lui avait demandé d’évoquer un souvenir marquant de sa scolarité à Jeanne-d’Arc. Thomas Jolly a alors répondu sans détour :

« Je n’ai pas été pris en seconde à l’option théâtre du lycée ».

Ce qui pouvait paraître anecdotique avait pourtant été, pour lui, un moment décisif. Victime de harcèlement au collège, intégrer l’option théâtre représentait l’espoir de rejoindre un autre établissement que celui de ses anciens camarades. Heureusement, le destin lui a souri : après le déménagement de son père, il a pu changer de secteur et rejoindre le lycée rouennais en classe économique et sociale. Puis, en classe de première, il a repassé les auditions et a enfin intégré l’option théâtre.

C’est dans ce contexte qu’il a assisté à une pièce de Stanislas Nordey. « Je n’avais jamais entendu parler de lui et, pendant le spectacle, pour la première fois, j’ai eu l’impression de ne pas voir passivement une pièce mais d’être éveillé à moi-même, de comprendre ce qui était dit. » La représentation est ensuite suivie d’un échange avec l’artiste, vécu comme un véritable déclic :

« Je vois arriver un homme de 28-29 ans qui s’assoit par terre avec nous. Pour moi, un metteur en scène, c’était forcément une vieille personne aux cheveux grisonnants. J’ai été fasciné. »

À partir de ce moment-là, Thomas Jolly a suivi avec attention les créations de Stanislas Nordey et a tout mis en œuvre pour intégrer l’École du Théâtre national de Bretagne à Rennes, alors dirigée par le metteur en scène. Des années plus tard, il a même eu l’occasion de jouer le fils de Stanislas Nordey dans une mise en scène de Racine, bouclant ainsi un cycle marquant de sa vie artistique.

Un élève lui a ensuite demandé d’où venait sa passion pour le théâtre. L’artiste s’est alors souvenu d’une lecture en cours de français d’un extrait du Médecin malgré lui de Molière : « Je lis à voix haute et je donne tout, je tape même sur la table. Et ma classe éclate de rire, mais ce n’est pas le même rire qu’à la cantine quand on me fait chier, ou dans le bus, ou dans la cour de récré. Ce n’est pas le même rire du tout : c’est un rire de comédie, de joie, un rire de partage. Là, je réalise que le théâtre me permet d’être moi et d’être bien avec les autres. »

Un second lycéen l’a interrogé sur la réaction de ses proches face à ses choix d’orientation. Thomas Jolly a expliqué avoir eu la chance d’avoir des parents qui ne lui avaient jamais imposé de barrières, à condition qu’il travaille à l’école. Il a imaginé qu’ils avaient pu ressentir une certaine appréhension à l’idée qu’il s’agisse d’un métier non « garanti », mais ils l’ont toujours soutenu. L’artiste a également tenu à souligner l’importance du service public dans son parcours :

« Je n’avais pas forcément les moyens d’aller à Paris pour faire du théâtre. J’ai toujours bénéficié de tout ce que le service public mettait en place : les options, l’université… tout ce qui était gratuit pour apprendre le théâtre, comme le conservatoire et l’école nationale. »

En répondant aux élèves, il a également partagé sa réplique préférée, tirée d’un monologue de Richard III. Cette référence lui a permis d’évoquer le montage des pièces Henri VI et Richard III, réunies pour offrir 24 heures de théâtre. Thomas Jolly a décrit cette aventure comme « la plus puissante expérience artistique, humaine et collective que j’aie vécue ».

Les jeunes se sont aussi montrés très curieux des coulisses de son expérience en tant que directeur artistique des cérémonies des Jeux olympiques de 2024. Thomas Jolly leur a raconté comment cette opportunité s’était présentée, depuis une interview accordée au journal L’Équipe à propos d’une cérémonie sur la Seine, jusqu’à ses échanges avec Tony Estanguet et sa rencontre avec la maire de Paris, Anne Hidalgo. Il s’est souvenu avoir appelé sa mère en lui disant :

« Maman, j’ai fait une bêtise. J’ai parlé avec des gens des Jeux olympiques et maintenant ils me proposent d’être directeur artistique. Il faut que je démissionne, que je réorganise toute ma vie, mais je pense que je vais dire oui, parce que c’est une fois par siècle et que j’ai envie de tenter cette aventure-là. »

Il a ensuite partagé sa méthode de travail : comment il avait constitué ses équipes, la nature exacte de son rôle de coordinateur, les changements de dernière minute, ainsi que certaines idées un peu trop audacieuses, comme l’envie de faire voyager Zidane sur une échelle au bout d’un hélicoptère, à la manière de Belmondo dans L’Homme de Rio.

Le metteur en scène a aussi expliqué ses choix artistiques et ses intentions lors de la cérémonie, en réponse aux interrogations des lycéens : « On dit aux athlètes qui arrivent “bienvenue chez nous”, mais qui est ce “nous” ? C’est tellement de singularités, de possibilités. Il y a tellement de “je” dans le “nous” que je voulais faire une cérémonie où chacun, chacune pouvait se sentir représenté.e. »

Au fil des échanges, Thomas Jolly est ensuite revenu sur son parcours de metteur en scène. Il a expliqué qu’à la différence d’autres métiers artistiques, comme peintre ou écrivain, les comédiens et comédiennes dépendaient du désir d’un metteur en scène. « Après mes études, personne ne m’a engagé », a-t-il plaisanté. Avec des amis dans la même situation, ils ont alors décidé de monter de A à Z L’Arlequin de Marivaux, simplement pour s’entraîner. « On a découpé des couvertures de survie, plein de choses pour les décors et les costumes, on a aussi fait une collecte de vêtements dans le village. Bref, on s’est débrouillés. » Ce qui devait être un simple projet d’été est finalement devenu un succès qui a duré dix-neuf ans.

À travers cette expérience, il a voulu transmettre un message aux jeunes :

« Pour se lancer, on a tendance à attendre la validation extérieure, mais le théâtre nous permet d’être créatif à partir de presque rien. Alors osez et lancez-vous. »

Presse 

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