Alexandre Laurent
Réalisateur
Lycée Raynouard, Brignoles (83)
13 fév.

90 élèves : 4 classes : 2 classes de Première, 1 classe de Terminale, 1 une classe Seconde, accompagnées par une professeure de français et de théâtre.

C’est avec bonne humeur et enthousiasme qu’Alexandre Laurent a franchi les portes de son ancien lycée, le Lycée Raynouard de Brignoles. Malgré une fracture au pied ce jour-là, rien n’a entaché sa joie de se replonger dans les souvenirs de son adolescence en traversant la cour de récréation.

Après un chaleureux accueil par la direction, le réalisateur et scénariste de Cat’s Eye s’est retrouvé devant près d’une centaine de lycéens pour un échange autour de son parcours et de son métier. Pendant deux heures, il s’est livré avec sincérité sur ses inspirations, ses difficultés, son quotidien et sa vision du secteur cinématographique et télévisuel, tout en prodiguant de précieux conseils.

Interrogé par un lycéen sur ce qui le passionnait dans son métier, Alexandre Laurent n’a pas hésité : « J’aime les tournages. Il y a une macro-société qui se crée le temps d’un tournage, on essaie de donner le meilleur de soi ».  Ce qui l’anime avant tout, c’est cet esprit de collectif.

« C’est l’humain qui m’a attiré en premier. J’ai voulu faire ce métier pour être sur un plateau. »

Dans son quotidien, le travail d’équipe est essentiel, notamment avec les comédiens. Pour diriger des scènes d’émotion, il a précisé : « Je mets de la musique, j’essaie de me mettre en transe avec les acteurs. Ma journée consiste à donner de l’énergie aux autres. Il faut embarquer ses équipes au service de l’émotion. »

Un élève a levé la main : « Vous considérez-vous comme un artiste ? ». Alexandre Laurent a expliqué sa position, à la croisée entre la coordination et l’artistique. D’un côté, il gère les équipes, collabore avec les différents chefs de poste en veillant à respecter les délais et le budget. Mais, d’un autre côté, la part artistique est grande dans son choix d’acteurs, de musique, d’image et, plus globalement, de mise en scène. « Chaque film est un point de vue et c’est en cela que c’est de l’art. ».
Parmi ses inspirations, Alexandre Laurent a cité David Fincher et Jean-Pierre Jeunet. Son premier grand souvenir de cinéma reste La Guerre des étoiles, découvert à l’âge de cinq ans.Questionné sur ses notes au lycée, Alexandre Laurent a répondu avec honnêteté qu’il n’était pas un très bon élève. Pour autant, il a conseillé aux élèves de s’accrocher, d’aller le plus loin possible pour trouver ce qui les passionne véritablement.

« J’ai débuté dans l’audiovisuel en tant qu’assistant en servant des cafés. Aujourd’hui, je suis réalisateur. Je suis venu vous dire qu’en ayant l’envie et en s’investissant pleinement, c’est possible. Quand on est passionné, on peut en vivre. »

À travers son expérience, Alexandre Laurent a tenu à encourager les élèves. Lui n’a pas suivi le parcours académique classique. Sans formation en cinéma, il a participé à différents projets de films sans être payé, tout en enchaînant les petits boulots de livreur de pizzas ou de vendeur de confiseries dans un cinéma. Selon lui, la persévérance est essentielle. Il faut travailler, aller vers les autres et provoquer les rencontres.

Il a toutefois conseillé aux élèves de ne pas négliger les études : les écoles de cinéma, par exemple, permettent d’acquérir des bases techniques et, surtout, de se constituer un réseau, de se faire des amis et de se soutenir.

Dans le milieu audiovisuel, notamment à la télévision, les projets sont souvent en cours d’écriture lorsqu’un réalisateur est contacté par la production. Sur certaines séries comme Profilage, les réalisateurs défilent au gré des épisodes. Alors, dans le parcours d’Alexandre Laurent, Le Secret d’Élise a été une étape clé : la première série qu’il a entièrement réalisé. Les projets se sont ensuite suivis, parmi lesquels Le bazar de la charité et Les Combattantes. Quant à Cat’s Eye, il l’a décrite comme un défi particulier, en raison de la notoriété de l’œuvre originale et des attentes des nombreux fans. Également scénariste, il travaille actuellement sur un projet plus personnel.

Au fil de la discussion, le réalisateur a évoqué les doutes liés à son activité. « Au début, on accepte tout. On est heureux dès que le téléphone sonne. Après, tu comprends que rien n’est acquis dans ce métier. On peut faire un succès et, en recommençant un film, on recommence à zéro. J’ai fait des navets, j’ai foiré des épisodes, et on essaie de comprendre pourquoi. »

À la question de la rémunération, Alexandre Laurent a répondu avec franchise : « Oui, je gagne bien ma vie, mais hier je travaillais jusqu’à une heure du matin… ». Le métier vient avec des contraintes et une instabilité. Les revenus dépendent des projets et ne sont pas mensuels. Les tournages imposent un rythme intense, des mois loin de sa famille et sans pauses, même en cas de maladie. 

La plus grande difficulté de son métier ? « Arriver à le faire. Quand on fait un film, c’est des batailles constantes, une histoire et un budget. Je dois essayer de garder l’ambition, de travailler l’écriture sans vexer, de trouver des solutions avec l’argent. »    

Malgré tout, il a souligné qu’avec le temps, on trouve son style et son équilibre. Il a évoqué un triangle essentiel à respecter à ses yeux : maintenir la qualité de son travail ainsi qu’un niveau de rémunération, tout en restant humble et fidèle à lui-même.  

Pour finir, un élève lui a demandé la raison de sa venue au lycée aujourd’hui.  « Déjà, pour faire plaisir à ma mère », a-t-il blagué. « Et pour la transmission. J’ai envie de vous dire qu’il faut croire en ses rêves en mettant plein de rage et plein de cœur. » Après la sonnerie, une quinzaine de lycéens, toujours fascinés, sont restés pour prolonger la discussion avec ce réalisateur qui, quelques années plus tôt, arpentait les mêmes couloirs qu’eux. 

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